(...) un écrivain ne doit pas copier la réalité mais la dépasser : un roman est avant tout l'expression d'un monde imaginaire qui servira de prisme permettant aux lecteurs de voir autrement le monde. (entretien avec Lire, avril 2004) ”
Mo Yan fait partie des auteurs contemporains chinois qui ont gagné leur succès à la fois dans leur pays et à l'étranger. Réputé pour son irrévérence envers la société et le régime chinois, dont il n'hésite pas à dénoncer les travers avec humour, il a cependant étonnamment échappé à la censure, en dehors de l'interdiction de certains passages de son roman
Beaux seins, belles fesses (1996).
Né en 1956 dans une famille paysanne du Shandong, Mo Yan - Guan Moye de son vrai nom - a vécu la période du "Grand Bond en avant" et la misère que celle-ci a provoqué. Plus tard, pendant la révolution culturelle, il est classé comme l'un des "mauvais éléments" de l'école et renvoyé. Il se retrouve alors à travailler à aux champs.
A l'âge de vingt ans, il intègre l'Armée populaire de Libération, ce qui lui permet de suivre ses études dans une école de l'armée, puis à l'Université de Pékin (Beida), dont il sortira diplômé en 1991.
En 1981, Mo Yan publie son premier roman,
Le Radis de cristal : c'est à ce moment qu'il prend le nom de Mo Yan, qui signifie "celui qui ne parle pas". Il est immédiatement reconnu comme un bon écrivain, mais c'est avec le roman
Le Clan du Sorgho, paru en chine en 1986 et aussitôt adapté par
Zhang Yimou sous le titre
Le Sorgho rouge, qu'il fera connaître son nom. Son roman
Le Pays de l'alcool connaît également un fort retentissement : il y décrit une ville imaginaire, "la ville de l'alcool", dont les habitants sont suspectés de cannibalisme. Derrière ces thèmes violents, empreints de fantastique, l'écrivain parvient à saisir la réalité chinoise, comme ses vieilles traditions figées ou la peine de mort.
A l'image d'un écrivain comme
Gabriel Garcia Marquez, il sait entraîner le lecteur à travers des histoires kaléidoscopiques, dans un style qui s'apparente au réalisme magique et qui permet bien des audaces politiques.
En 1997, Mo Yan quitte l'armée afin d'écrire davantage et avec plus de liberté. Il est l'auteur de près de 80 romans, nouvelles et essais.