Moins que parfait de Michel Faber



Critique

Note du livre Peaux d'échappement

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Peaux d'échappement



L'auteur du best-seller La Rose pourpre et le Lys décline son univers protéiforme et torturé en 15 nouvelles, réunies dans Moins que parfait. Avec tendresse et dérision, Michel Faber se glisse discrètement dans la peau de ses personnages accablés par la vie, en quête d'échappatoire. Une belle brochette d'écorchés vifs croquée avec gourmandise et finesse par un auteur qui n'hésite pas à passer de la chronique sociale au fantastique, de la fable poétique à la satire la plus corrosive.
 
Né au Pays Bas, Michel Faber est considéré comme Hollandais par les Hollandais. Ayant ensuite grandi et étudié à Melbourne, les Australiens le tiennent pour une fierté nationale. Tout comme les Anglais - Faber a habité à Londres - qui lui ont décerné des prix réservés aux écrivains britanniques. De même pour les Ecossais, qui le considèrent comme un des leurs depuis qu'il a élu résidence dans les Highlands dans les années 1990... Même si l'état civil donne raison aux hollandais, Faber est finalement un peu tout ça à la fois. Apatride et multiculturel, l'écrivain puise dans cette richesse intérieure pour exprimer ses nombreuses facettes, et notamment dans Moins que parfait, son dernier recueil de nouvelles.

Galerie de freaks

Michel Faber aime les déracinés, les parias, les mal-dans-leur-peau, et les scrute avec une acuité souvent cruelle, les mettant régulièrement à l'épreuve. Ainsi, quand un nerd accro au jeu vidéo (fan d'une sorte de Tomb Raider amélioré en plus vicelard, où l'héroïne perd ses vêtements en même temps que ses points de vie...), doit sauver sa voisine sexy d'une souris, c'est un véritable parcours du combattant ! De même dans la nouvelle éponyme, où un détective de 18 ans, puceau, boutonneux et forcément un peu lubrique, se fait manipuler par une cliente-voleuse (sexy elle aussi) dans le supermarché qu'il est chargé de surveiller. Des anti-héros, parfois pathétiques, dont Faber traque les moindres pensées, les réactions et ...Ce qu'il leur reste de dignité.

Violence conjugale et fantastique

Souvent victimes chez Faber, les femmes souffrent beaucoup, maltraitées, et même assassinées par les hommes. Mais elles finissent toujours par se venger. La violence conjugale, la mise en péril du couple hante ce recueil. Ainsi, « Un trou à deux bouts » décrit la crise aiguë qui s'abat sur un ménage, surpris par une bête sur la route. La quête de ce chat sauvage blessé, réfugié dans un champ, en pleine nuit, révèle un malaise profond, et prend peu à peu des dimensions démentielles... A la lisière du fantastique.

Fantastique qu'on retrouve dans plusieurs nouvelles, sous la forme de fable poétique (« Les Yeux de l'âme », où des fenêtres se changent en paysage de rêve ), de vision cauchemardesque (une ville assaillie par les « Poissons »), satirique (« La main de Nina », dont le personnage principal est la main d'une ouvrière travaillant dans une usine de boite a cornichons) ou de science-fiction (« La cellule volubile » ), dans lesquelles les personnages sont cernés entre l'étouffante réalité et leurs propres illusions.

Portraits haut en douleurs

Des portraits certes toujours rugueux, haut-en-douleurs, mais finalement gagnés par un (mince) espoir. On retiendra l'intense « Des nageurs sérieux », où une mère ex-junkie, de retour de cure, retrouve son fils de 8 ans sous les yeux intimidants de son éducateur. Mais aussi la bulle contemplative saisie à travers le regard attendri d'un père pour son fils à la chevelure peroxydée («Vanille vif comme Eminem »), l'errance hilarante d'un groupe d'artistes vaniteux, parachutés dans un bled Ecossais (« moutons »), et la platonique love-story de deux employés d'un sex shop appelé Le Tunnel de l'Amour. Jolie panel de l'univers protéiforme de Faber, sombre, drôle, tranchant dans le vif des émotions.

Eric Vernay

 

Le 01 novembre 2008

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