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Galerie de freaks
Michel Faber aime les déracinés, les parias, les mal-dans-leur-peau, et les scrute avec une acuité souvent cruelle, les mettant régulièrement à l'épreuve. Ainsi, quand un nerd accro au jeu vidéo (fan d'une sorte de Tomb Raider amélioré en plus vicelard, où l'héroïne perd ses vêtements en même temps que ses points de vie...), doit sauver sa voisine sexy d'une souris, c'est un véritable parcours du combattant ! De même dans la nouvelle éponyme, où un détective de 18 ans, puceau, boutonneux et forcément un peu lubrique, se fait manipuler par une cliente-voleuse (sexy elle aussi) dans le supermarché qu'il est chargé de surveiller. Des anti-héros, parfois pathétiques, dont Faber traque les moindres pensées, les réactions et ...Ce qu'il leur reste de dignité.
Violence conjugale et fantastique
Souvent victimes chez Faber, les femmes souffrent beaucoup, maltraitées, et même assassinées par les hommes. Mais elles finissent toujours par se venger. La violence conjugale, la mise en péril du couple hante ce recueil. Ainsi, « Un trou à deux bouts » décrit la crise aiguë qui s'abat sur un ménage, surpris par une bête sur la route. La quête de ce chat sauvage blessé, réfugié dans un champ, en pleine nuit, révèle un malaise profond, et prend peu à peu des dimensions démentielles... A la lisière du fantastique.
Fantastique qu'on retrouve dans plusieurs nouvelles, sous la forme de fable poétique (« Les Yeux de l'âme », où des fenêtres se changent en paysage de rêve ), de vision cauchemardesque (une ville assaillie par les « Poissons »), satirique (« La main de Nina », dont le personnage principal est la main d'une ouvrière travaillant dans une usine de boite a cornichons) ou de science-fiction (« La cellule volubile » ), dans lesquelles les personnages sont cernés entre l'étouffante réalité et leurs propres illusions.
Portraits haut en douleurs
Des portraits certes toujours rugueux, haut-en-douleurs, mais finalement gagnés par un (mince) espoir. On retiendra l'intense « Des nageurs sérieux », où une mère ex-junkie, de retour de cure, retrouve son fils de 8 ans sous les yeux intimidants de son éducateur. Mais aussi la bulle contemplative saisie à travers le regard attendri d'un père pour son fils à la chevelure peroxydée («Vanille vif comme Eminem »), l'errance hilarante d'un groupe d'artistes vaniteux, parachutés dans un bled Ecossais (« moutons »), et la platonique love-story de deux employés d'un sex shop appelé Le Tunnel de l'Amour. Jolie panel de l'univers protéiforme de Faber, sombre, drôle, tranchant dans le vif des émotions.
Eric Vernay
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