Le Cinquième évangile de Michel Faber



Critique

Note du livre Pas très catholique

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Pas très catholique



Allergique au Da Vinci Code ? L'irrévérencieux Michel Faber va vous ravir avec Le Cinquième évangile, parodie cinglante du roman esotérico-religieux à la Dan Brown, doublée d'une satire de la culture de masse et du monde de l'édition. Drôle !
 
On avait laissé Michel Faber sur le recueil de nouvelles Moins que parfait, avec sa belle brochette d'écorchés vifs épinglée avec un humour ravageur. En douceur, l'écrivain hollandais passe du format court au « moyen-métrage » : il revient avec un roman de moins de 200 pages, Le Cinquième évangile. Un titre à la Dan Brown, ça ! Mais justement, non, car l'auteur de La Rose pourpre et le Lys entend se moquer ici du genre en vogue qu'est le glorieux « roman esotérico-religieux ». Pas d'enquête tarabiscotée ici, ni de vérité ancestrale révélée en grande pompe et au premier degré. Faber fait voler en éclat (de rire) le sérieux du Da Vinci Code, pour raconter le destin incroyable de Theo Griepenkerl. Envoyé en Irak par sa fac, cet archéologue canadien a un gros coup de pot : sous les décombres d'un musée local, il met la main sur les mémoires de Malchus, témoin des derniers jours du Christ. Par chance, Théo parle Araméen, et peut traduire lui-même les précieux rouleaux. Un succès phénoménal attend son livre, "Le Cinquième Evangile".

 

Faber décrit avec un humour corrosif l'ascension fulgurante de Théo Griepenkerl, changé en Théo Grippin - nom de plume plus facile à orthographier sur un moteur de recherche. Balloté entre maisons d'éditions, plateaux de télévision et avions, l'archéologue devenu auteur fait connaissance avec la gloire, et la rançon du succès. Faber, qui est aussi journaliste, n'épargne rien au grand barnum médiatique. Dans un chapitre décapant, il brocarde ainsi les techniques d'interview des talk shows, esclaves de l'audience et vecteurs de la culture de masse. La télévision ? Un effrayante machine à broyer la pensée, ne tolérant aucune réponse nuancée, « un tourbillon d'informations divertissantes et ineptes (...) frénétiques et décontractées, fastidieuses et aguichantes, toujours au bord de l'orgasme mais l'atteignant jamais, tergiversant sans cesse et toujours pressées, promettant d'être de retour dans un instant » Internet ? Un chaos mélangeant les torchons et les serviettes (petite pique anti-Brown : les lecteurs qui ont aimé Le Cinquième évangile ont aussi aimé le Da Vinci Code !), libérant la parole foisonnante et incontrôlable des lecteurs, dont les commentaires s'agrègent sans aucune logique sur Amazon.

 

Cynique, pas très catholique, le livre de Faber l'athée n'est pas désenchanté pour autant. L'écrivain donne en effet une allure picaresque et enlevée à ce parcours obligé (légèrement exagéré ici !) de l'auteur à succès. Le style est pétillant, rapide, irrévérencieux. Les extraits de l'imaginaire Evangile de Malchus (« un mec chiant » selon Theo, mais qui remet en cause par son témoignage la divinité du Christ ), s'intercalent entre les pérégrinations tragi-comiques de Théo Grippin, héros malgré lui d'une époque aveuglée par les obscurantismes religieux, le star system et la moulinette médiatique. Le plus difficile pour l'écrivain, dans ce brouhaha, n'étant pas de faire entendre sa voix, mais de la préserver des récupérations politiques et autres travestissements.

Michel Faber, Le Cinquième évangile, Editions de l'Olivier, 2009.

Eric Vernay

Le 09 juin 2009

Sur Flu :

- Lire l'entretien avec Michel Faber

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