Le Club des policiers yiddish de Michael Chabon



Critique

Note du livre Yiddish Connection

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Yiddish Connection



Les romans de Michael Chabon sont ce qui se fait de mieux en ce moment en matière d'imagination et de composition littéraire. Mais il arrive assez parfois, chez cet écrivain, que la réalisation soit un cran au dessous de ce que son intention de départ laissait espérer. C'est ce qui se produit par exemple avec Le Club des policiers yiddish, son nouveau roman, qui n'en reste pas moins une oeuvre géniale et jubilatoire.

L'idée de génie de Michael Chabon dans Le Club des policiers yiddish, est de situer son action en Alaska, où une communauté juive de deux millions de personnes s'est implantée, sur concession des Etats-Unis, après les événements qu'on connaît. Israël n'a pas été retenu comme site d'implantation d'un éventuel Etat juif et le retour en Palestine fait figure de grand mythe pour la communauté qui a appris à vivre pendant une cinquantaine d'années sur ce terrain peu propice au développement. Les juifs sont, de plus, sous la menace d'un événement imminent : la rétrocession officielle de leurs terres aux Américains et leur intégration en tant que 52ème état de l'Union aux Marchands du Temple.

 

Comme un Juif en Alaska
 
Du coup, les tensions montent dans la communauté et particulièrement dans les rangs des orthodoxes qui voient d'un œil mauvais la dissolution de leur royaume et la fin des privilèges liés à leur enclave. L'intrigue démarre lorsqu'un policier entre deux eaux (une figure de flic assez traditionnelle, un poil trop brillant et déterminé pour l'emploi, un brin désenchanté et abîmé par la vie) découvre, dans son hôtel miteux (sa femme l'a quitté), le corps d'un dénommé Mendel Shpilman, fils du Rabbin chef des orthodoxes, devenu toxicomane et accessoirement homo, assassiné.
 
Shpilman, bien que mort d'emblée, est le grand homme de ce roman et la création la plus spectaculaire de Chabon. Plus jeune, le drogué était considéré par tous comme le Tsaddik Ha Dor : une sorte de sauveur du peuple juif, qui selon les kabbalistes orthodoxes aurait pu jouer un rôle déterminant dans la mise en place d'un Paradis sur terre et donc, prosaïquement, dans un plan visant à établir la communauté ailleurs qu'en Alaska. Mais cela n'a pas fonctionné comme il fallait et Shpilman a été renié par son père, reclus avec ses juifs orthodoxes mafieux sur l'Ile Verbov, en plein centre de l'implantation. Le flic Landsman mène l'enquête, avec l'intuition que Shpilman a pu être tué par les siens pour une raison qui reste à découvrir.
 

Rabbi Polar...

Le schéma de Chabon, dont on arrêtera le résumé ici (le reste est épatant de bout en bout), tourne alors au polar classique perverti par le terreau yiddish : un flic aux prises avec une mafia puissante et... religieuse, lève un à un les voiles sur une conspiration mystique et politique qui dépasse largement le cadre du meurtre originel. Chabon prend son temps comme d'habitude pour décrire la communauté qu'il a installée à grands renforts de mots yiddish et d'éclairages sur la culture juive. Les déambulations de Landsman sur le territoire hostile rythment le roman qui pâtit quelque peu de ce faux rythme.
 
L'enquête piétine et l'on s'ennuie un peu lorsque Chabon hésite entre la satire des milieux orthodoxes et la description ultraréaliste de ce qu'une telle implantation donnerait si elle existait vraiment. Le Club des Policiers Yiddish aurait pu être plus drôle qu'il ne l'est et on a parfois le sentiment que l'auteur, par esprit de sérieux, n'exploite pas à fond la situation (géniale, redisons le) qu'il a inventée. Son parti pris de truffer le récit de mots yiddish (expliqués à la fin du livre dans un glossaire) étouffe quelque peu la description qu'il aurait pu faire de ses coreligionnaires avec des mots usuels. Chaque phrase est une petite merveille de travail et de composition mais le tout manque de naturel.
 
... et polar exotique 
 
Lorsqu'on comprend que le roman est avant tout une sorte de polar exotique (ce qui prend quelques centaines de pages), il est presque trop tard pour ravaler sa déception. On se remet dans les pas de Landsman qui nous emmène dans un final époustouflant de créativité, et on comprend que Chabon est un pur conteur et pas un fabuliste ou un moraliste. Pour lui, la démonstration s'arrête avec la fiction et la constitue, ce qui est déjà beaucoup.
 
Le Club des Policiers Yiddish ressemble au final plus à un livre de genre déviant qu'à la grande épopée qu'on envisageait en entamant sa lecture. On n'y retrouve pas la même dynamique épique que dans Les extraordinaires aventures de Kavalier & Clay mais tout de même la virtuosité d'un écrivain styliste qui installe une ambiance apocalyptique et poisseuse en claquant des adjectifs et démontre, sur chaque paragraphe et rebondissement, l'acuité de sa vision. Le nouveau roman de Chabon, à défaut d'être un chef d'œuvre absolu, finit simplement... en leçon romanesque jubilatoire.
 
Michael Chabon, Le Club des policiers Yiddish, Robert Laffont, 2009.
 
Benjamin Berton

 

Le 04 mars 2009

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