Melanie Wallace




Avec son premier roman, Sauvages, récit fascinant d'une lente descente aux enfers, Melanie Wallace avait attiré l'attention des lecteurs et de la critique. Avec La vigilante, que certains ont qualifié d' « histoire d'amour gothique », elle confirme qu'elle est une voix singulière de la littérature contemporaine, obsédante et transgressive. Elle revient pour Fluctuat sur cette oeuvre qui dépeint une Amérique rurale, glaciale, violente mais splendide.

La vigilante semble se trouver à la croisée de plusieurs genres. En revendiquez-vous un ? Le terme d'autofiction vous convient-il ?
 
On a parlé de road-story à propos de mon livre, mais aussi de thriller et d'histoire d'amour gothique. Je reconnais qu'il y a peu de tout cela ; pour autant, La Vigilante ne respecte aucune des conventions en vigueur dans ce style de romans. Il y a bien une route, mais elle est courte et ne mène nulle part ; il y a bien une tension, mais elle se relâche trop fréquemment ; quant à l'histoire d'amour - les histoires, plutôt -, elles ne constituent pas des éléments moteurs de la narration.
Je n'ai pas eu l'impression de me cantonner à un genre en particulier en écrivant ce texte. Je n'ai fait que traduire, sous forme de fiction, les obsessions chères à mon cœur : l'absence de racines et de foyer, l'idée de retour, la permanence du bien et du mal, les conséquences de l'isolation rurale et de la misère, et les capacités de résilience de l'humain, également - sa dignité même au cœur des circonstances les plus tragiques.

Je ne suis pas un écrivain autobiographique. J'ai été jeune et pauvre, oui, j'ai vécu au cœur de l'Amérique rurale et je suis tombée un jour sur un enfant ligoté à un arbre, mais je ne l'ai pas détaché, et c'est ce souvenir, plusieurs décennies plus tard, qui a servi de point de départ à La Vigilante. Mon histoire et celle de Jamie divergent radicalement après le premier paragraphe de la narration - laquelle se place sous le parrainage de voix sombres comme celles de Hawthorne, O'Connor, et Faulkner.

J'ai été frappé de voir à quel point la nature et l'hiver jouaient un rôle important dans votre roman.

L'hiver et la nature du paysage peuvent en effet être considérés comme des personnages à part entière. La saison froide ne veut qu'aggraver les choses pour les pauvres, mais la splendeur surréelle de cette campagne gelée contribue, je l'espère, à « éclaircir » mon histoire en mettant en avant la neutralité de la nature, et sa beauté ; rendre cette impression impliquait une langue toute en contrastes.

Quel est votre point de vue sur la violence ? La pauvreté y mène-t-elle irrémédiablement selon vous ?

Je crois hélas que la violence fait partie de la nature humaine. Nous y sommes prédestinés. Et la pauvreté n'est pas son terreau : des milliards d'hommes et de femmes, sur cette planète, vivent dans des conditions de profonde misère et demeurent d'un calme et d'une passivité étonnants. Toutefois, lorsqu'elle s'aggrave d'ignorance et d'isolement (comme c'est le cas dans La Vigilante) et lorsque l'anomie se répand, alors, oui : la pauvreté peut exacerber l'agressivité.

Il n'est pas toujours possible d'échapper à ce cercle vicieux, notamment dans une culture telle que celle des Etats-Unis où la violence - si souvent glorifiée, et de si nombreuses façons - est une constante de l'histoire.

Croyez-vous en l'innocence ?

Je suis beaucoup plus à l'aise avec les événements qu'avec les personnages, et Jamie est d'une certaine façon mon double fictionnel. Elle répète souvent qu'elle est seulement quelqu'un « à qui des choses arrivent. » Elle a dix-sept ans et, bien qu'elle ait commis une erreur fondamentale, elle se trouve encore dans un état d'innocence par rapport au monde.
L'innocence existe mais elle n'est pas nécessairement inoffensive. On la confond trop souvent avec la bonté ou l'altruisme alors que de mon point de vue, elle se rapproche plutôt de l'ignorance.

Jamie est innocente quand elle détache le garçon, car elle n'a aucune idée des répercussions que son acte va entraîner. Le garçon, lui, ne connaît rien du monde et est incapable d'émotions authentiques : il incarne une malveillance dénuée de malice parce qu'il ne fait pas la différence entre le bien et le mal. Mais à sa manière, il est aussi innocent.

La ville de Dyers Corner (où se déroule La Vigilante) est-elle le reflet d'un lieu que vous avez connu ?

C'est plutôt un amalgame de petites villes, celles qui se trouvent sur les lignes bleues des vieilles cartes routières américaines - des endroits généralement oubliés ou ignorés. Le paysage de La Vigilante est également un patchwork : on y retrouve des éléments des Castskills (dans le nord de l'état de New York) et des morceaux des Montagnes Blanches (New Hampshire) mais l'hiver s'inspire surtout de ceux qui sévissent dans les régions nord de la Nouvelle Angleterre.

Propos recueillis par Fabrice Colin

Photo : Mélanie Wallace à Vincennes pour le Festival américa 2008 © BALTEL/SIPA

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- Obama vu par des écrivains américains

- Le Festival América 2008





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