C'est toujours sur une démission collective que les tyrans fondent leur puissance. ”
Maurice Druon de Reyniac voit le jour à Paris, le 23 avril 1918. Son père, Lazare Kessel, est un russe originaire d'Orenbourg et membre de l'Académie Française. Il est aussi le frère cadet de l'écrivain
Joseph Kessel. Il se suicide à l'âge de 21 ans, mais l'ascendance prestigieuse de Maurice Druon est déjà placée sous le signe de la littérature : il est l'arrière-petit neveu du poète Charles Cros et l'arrière-arrière-petit fils d' Odorico Mendes, un homme de lettres brésilien.
La résistance politique et culturelleDans sa jeunesse, Maurice Druon est élève officier de cavalerie à Saumur. Il suit des études de lettres à Paris, puis de sciences-politiques. Il participe à la Campagne de France avec les cadets de Saumur sur la Loire. Engagé dans la résistance, il quitte le territoire français en 1942 avec son oncle Joseph Kessel et rejoint les rangs des Forces Françaises Libres aux côtés du Général
de Gaulle. Attaché au poste « Honneur et patrie », il devient correspondant de guerre en 1944. Il co-écrit le célèbre
Chant des partisans avec son oncle, sur une musique d'Anna Marly. Ce chant devient l'hymne de la résistance durant la Seconde Guerre mondiale.
En 1973, Maurice Druon est nommé ministre des Affaires culturelles par
Georges Pompidou. Seule personnalité non-élue au gouvernement, il s'appuie sur son succès littéraire pour affirmer son autorité d'homme politique. Il déclarera même à Jean Mauriac, dans une interview pour l'AFP: « Et puis, au fond, mes lecteurs ne sont-ils pas mes électeurs ? ».
Porteur d'un certain conservatisme, il rompt avec le modernisme et se voit accusé par certains de participer à la répression culturelle. Une procession funèbre symbolisant la mort de la liberté d'expression est même organisée contre lui le 13 mai 1973, à l'initiative de metteurs en scène comme
Ariane Mnouchkine,
Jean-Pierre Vincent ou
Bernard Sobel.
Militant au RPR, il est élu député de Paris de 1978 à 1981 et occupe diverses fonctions diplomatiques. Il incarne aujourd'hui l'image d'un authentique personnage de la vie française publique. Son soutien à Maurice Papon en 1998 a néanmoins été vivement critiqué.
De la grandeur en littératureA compter de l'année 1946, conforté par le retour de la paix, Maurice Druon se consacre aux Lettres. Son œuvre multiforme embrasse toutes les disciplines. Il reçoit le
prix Goncourt pour son roman
Les grandes familles , une chronique de la grande bourgeoisie d'affaires en 1948. Cette oeuvre n'est que le premier ouvrage d'une trilogie intitulée
La Fin des hommes. Suivront
La Chute des corps, puis
Rendez-vous aux enfers. Mais c'est avec la saga des
Rois maudits qu'il accède à la notoriété. En six volumes, Druon retrace les aventures politiques et sentimentales qui se jouent dans les cours royales de France et d'Angleterre, à la veille de la guerre de Cent Ans. La saga est écrite avec l'aide de
Gilbert Sigaux, José-André Laxcour et
Edmonde Charles-Roux. L'adaptation de cette œuvre à la télévision (en 1972 par Claude Barma, puis José Davan en 2005) est un succès. Elle marquera une génération entière de spectateurs et (re)donne un souffle épique à la littérature.
Druon est élu 30ème fauteuil de l'Académie française en 1966, succédant ainsi à
Georges Duhamel. Très à cheval sur les règles de la langue française, il souhaite maintenir la pureté du Français dans son évolution. Il est attaché, comme Montherlant, à une idée de grandeur et de panache littéraire.
Du conte pour enfants,
Tistou les pouces verts (1957) à la veine du roman mythologique (
Alexandre le Grand, 1958),
(Les Mémoires de Zeus, 1963-67), l'oeuvre de Maurice Druon témoigne de son intérêt pour la diversité des genres littéraires et l'attention rigoureuse portée à la langue française.
Maurice Druon s'éteint le 14 avril 2009 à Paris, neuf jours avant son anniversaire. Il aurait eu 91 ans.