Artefact : Machines à écrire 1.0 de Maurice Dantec



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Le Grand Oracle est de retour, comme chaque année, chaque semestre presque, et il a des choses importantes à nous écrire. En attendant une vraie chronique en marge de la soirée qui se tiendra le 11 septembre à la Maison des Associations et des Solidarités (Paris, 13e), pour célébrer la mise en branle de la Communauté des Babylon Babies, quelques pistes et impressions de lecture pour ceux qui auraient déjà entamé ou fini le mini-monstre.
Mini-monstre, et c'est là une surprise, parce que Artefact (sous-titre Machines à écrire 1.0 - on en parle pas aujourd'hui), malgré sa longueur (566 pages), est un livre qui se dévore en mode "free brain", sans aucune difficulté apparente (avec une petite réserve sur la 2ème séquence), ni aspérités.

Peu ou pas d'analyses qui ralentissent le rythme, références zéro et rétropédalage en vocabulaire ultrasimple : Dantec nous offre la quintessence de sa pensée à la mode Albin Michel (et je le dis sans méchanceté). Artefact est composé de 3 séquences, ou mini-romans de 150 à 200 pages, qui formeront, à la dernière minute (à moins que vous ne soyez plus finauds que moi) une trinité ou un Tout (ce qui n'est pas la même chose évidemment, puisque le principe de la Trinité, évoqué dans le livre, est qu'elle est une sorte d'équilibre déséquilibré).

Trois mini-romans donc, pour le prix d'un. Le premier peut être interprété comme une variante brillante taillée sur le motif de la Sirène Rouge. On oublie les maladresses stylistiques (l'image "aiguille ou paille qui se perd dans la meule de foin ou le panier" revient une bonne dizaine de fois) qui disparaissent en Mondiovision. Un homme (ou presque), une jeune fille ou enfant, taillent la route pour échapper au monde et rattraper leur destin. Dantec n'invente rien (la fin est un artifice ultrarabâché de SF) mais transcende un schéma (ab)usé en fécondant son duo de sacré et de "mysticisme".

Entre La Grande Evasion et StarMan, l'effet est garanti, sublime, émouvant et pétaradant, renforcé évidemment par le grand morceau de bravoure que constitue l'ouverture : la descente du World Trade Center, en quasi mode téléréalité, le matin du désastre. Mieux vaut vous laisser découvrir ça par vous-même.  
La deuxième séquence démarre assez mal (le coup de la chambre blanche dans laquelle un amnésique se réveille sent le déjà-lu) et nous laisse sceptique jusqu'à ce que cette partie prenne tout son sens, au milieu de la séquence 3. Du coup, alors qu'on avait dévalé ça la tête dans le sac, on repart en arrière pour s'apercevoir que le coeur trinitaire du roman est bien là, dans cette écriture répétitive et épurée, simplissime, obscure.

 La troisième séquence, justement, est sûrement la plus créative, dure et belle comme du Palahniuk ou du Bret Easton Ellis anarchiste. Un tueur (ou un homme tout court) fait alliance avec le diable qui... part en vacances. On est pas chez Bruce Tout-Puissant mais c'est presque aussi drôle. La descente aux enfers sur Terre est terrible, enivrante, hypnotique. Les horreurs s'enchaînent autour d'une sublime démonstration par l'absurde : le Mal est en nous. Le Mal est humain. Leçon de choses.

 Dantec fait un clin d'oeil aux histoires d'horreur, à ces films de série Z qui nous font frissonner (Hostel, ce genre de trucs), en s'appuyant sur un fond idéologique finalement pas si différent mais plus intelligemment tourné.

L'exécution de Sami Naceri est subtile, les autres meurtres se tiennent et l'on grimpe d'une dimension lorsque Dantec tente de venir à bout du monde en organisant un grand téléthon, une Armée des Douze Singes téléréelle, matinée de Star Ac de l'horreur. Quelques... stratagèmes sont moins réussis que d'autres mais la balade with the devil fonctionne impeccablement et nous invite à reprendre un peu de lumière et de grâce au chevet des 2 premières histoires.
Artefact en impose clairement moins que Villa Vortex ou Grande Jonction.

 Il n'en reste pas moins que l'auteur y donne l'impression d'être redescendu parmi ses anciens amis (les lecteurs moyens, les fans des premiers polars déçus, les lecteurs de bibliothèque et les adolescents boutonneux), qu'il s'est mis à portée du plus grand nombre, sans néanmoins céder sur l'essentiel, ni faire la moindre concession sur la dynamique de sa pensée.

Si on ne ressent aucun trouble à dérouler Artefact, c'est sûrement qu'on a fini par rendre les armes et partager, d'une certaine façon, sa vision du monde.

 

 

 

Consultez le dossier Rentrée littéraire.

Le 24 January 2008







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