« Qu'arrive-t-il lorsqu'on a trop longtemps vécu dans les livres ? On oublie le premier et le dernier mot. »
Maurice Blanchot est né dans un milieu aisé, et suit des études à Strasbourg (allemand et philosophie) jusqu'en 1925. Il fréquente l’Action française, rencontre Emmanuel Levinas grâce auquel il découvre la lecture de
Etre et Temps de
Martin Heidegger, qui fut pour lui un véritable choc intellectuel. Il passe son Certificat d'Études Supérieures à Paris en 1929, est diplômé à la Sorbonne en 1930, et suit alors des études de médecine à l'Hôpital Sainte-Anne, en se spécialisant en neurologie et psychiatrie.
A partir de 1931, Blanchot collabore avec des journaux et revues d'extrême droite. En 1936 il entre à la revue
Combat, où il écrit contre
Léon Blum. Pendant l'Occupation, à partir de mai 1940, Blanchot abandonne le journalisme politique. Il assure, à partir d' avril 1941 une chronique littéraire régulière, vichyste et ultra-maréchaliste au
Journal des Débats.
Thomas l'obscur est publié en 1941,
Aminadab en 1942,
Faux Pas, premier recueil de critiques, en 1943. Il devient membre du Jury du Prix de la Pléiade. En 1944, Blanchot séjourne à Quain où il vit l'un des événements les plus dramatiques de sa vie, relaté cinquante ans plus tard dans
L'instant de ma mort : il manque être fusillé par des soldats allemands. A partir de ce jour, la mort ne le quittera plus.
Après la guerre, Blanchot devient un membre éminent de la scène littéraire française. Il poursuit une œuvre exigeante, de laquelle il extirpe toute donnée biographique. Il publie son dernier roman,
Le Très-haut en 1948. Toujours plus absent, il côtoie pourtant Antelme,
Marguerite Duras, Dyonis Mascolo, Gineta et Elio Vittorini, et sa pensée se radicalise. Il participe activement au "Manifeste des 121" défendant le droit à l'insoumission en Algérie. Le projet de la
Revue Internationale, portée par Blanchot jusqu'en 1964 au moins, recoupera l'histoire de la plupart des écrivains importants des années cinquante et soixante en Europe, ainsi qu'aux Etats-Unis et en Amérique du Sud. En 1962 paraît
L'Attente l'oubli, point d'orgue de son œuvre, et premières tentatives d'écriture du fragment. Sa pensée, qui oscille entre philosophie et analyse littéraire, s’intéresse essentiellement à l’objet de création et la place de l’écriture littéraire au sein du langage.
Blanchot rencontre
Jacques Derrida en 1967, puis
Michel Foucaulten 1968 et participe aux Comités Écrivains-Étudiants. Il se retire ensuite de plus en plus dans le silence, ne réservant son accueil qu'à de rares amis. Après la publication de
L'entretien infini en 1969, il ne s'adonne plus qu'au fragment et publie également des textes politiques ou d’hommage. Il prend position en faveur du Peuple Juif, pour la reconnaissance légale du couple homosexuel, contre les lois Debré. Ne côtoyant plus que Derrida et deux ou trois amis proches, Maurice Blanchot meurt en 2003, à l'âge de 96 ans.