La Mécanique du Coeur de Mathias Malzieu



Critique

Note du livre Mathias Malzieu et le roman sentimentalo-régressif

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Mathias Malzieu et le roman sentimentalo-régressif



Pauvre France, le retour. Après le Hérisson sans épines et en même temps que La Consolante d'Anna Gavalda, La Mécanique du Coeur de M. Dionysos Ruiz, Mathias Malzieu, déboule parmi les meilleures ventes de roman en France et semble devoir devenir le nouveau succès "du coeur" dans les librairies.

Après lecture (à un bon rythme, avouons le, qui place le livre assez près de l'ancien record de 2H54 réalisé sur un Marc Lévy dont j'ai oublié le nom), La mécanique du coeur fait penser à un Amélie Poulain littéraire, mâtiné de Jean Teulade pour le côté gothique décalé et de Tim Burton pour le grand guignol. On se situe ici dans un registre qui, tout en restant littéraire (le livre est assorti d'un CD, pas écouté, qui reprend les personnages du roman), tient parfois du conte pour adultes attardés.

L'histoire est suffisamment alambiquée et romantique pour faire bobo-vieille France, entre Edward aux mains d'argent et "J'ai Perdu mon coeur, rends le moi".

Attrape-moi si tu peux

En Ecosse à la fin du XIXème siècle, naît un garçon au coeur gelé (il fait froid dehors, glagla). Pour lui sauver la vie, une sage-femme le remplace par une sorte de pile horloge qui... lui raconte-t-on, tiendra à condition que le jeune Jack (c'est son nom) n'éprouve pas de sentiments exacerbés : amour, haine, tristesse, etc. Sur cette idée qui n'est pas plus mauvaise qu'une autre (voire carrément bonne), Mathias Malzieu invente un univers bien-pensant à la Caro & Jeunet, néoréaliste outré qui culminera lorsque le héros croise la route d'une jeune chanteuse des rues, laquelle va évidemment le séduire et l'entraîner sur les terrains hostiles et incertains de l'amour-passion.

Jack se lance à sa recherche, rencontre dans une sorte d'odyssée picaresque une foultitude de personnages qui l'aident ou le piègent, avant de.... Je ménage le suspense mais la chanteuse est...andalouse et il va lui falloir pas mal gambader pour que les retrouvailles s'orchestrent, ce qui permettra à cette resucée néogothique du Soldat Rose de faire admirer quelques décors exotiques.

Conte pour bobo attardé

Là où Oscar Wilde troussait des nouvelles pour enfants (sur ces thèmes) en quelques pages, l'auteur traîne un peu trop en route pour convaincre des adultes qu'on imagine touchés dans leur chair et leur être intime par cette "belle histoire". L'ambiance bohème chic et néo-populo fonctionne à plein, même si le style plutôt sec et appliqué du jeune écrivain ne dérange que lorsqu'il en fait trop. Les situations sont pleines de bons sentiments, soulignant à l'arme nucléaire des messages de tolérance et de respect qui mériteraient parfois d'être abordés avec plus de distance ou de finesse.

Malzieu joue à Burton, à Vian mais aussi un peu à L'Attrape-Coeurs, mais sans réussir complètement à rendre l'élan épique qui anime son personnage principal. Sans qu'on sache à qui il s'adresse au juste, La Mécanique du coeur, fiction allégorique respectable, vient grossir ce nouveau genre littéraire dominant qu'est le roman sentimental-régressif. Comme on peut trouver au cinéma qu'il n'y a pas de comédie réussie sans un brin de méchanceté (les Ch'tis), on regrettera de ne trouver ici aucune agressivité, aucun trait de perversion, aucune aspérité, aucune ambiguïté heuristique qui eussent pu faire de ce roman... un vrai roman. Pauvre France, il y en aura d'autres.

benjamin Le 26 March 2008