Marie NDiaye




Avec l'élan poétique qui a déjà fait le succès de ses précédents romans, Marie Ndiaye retrace dans Trois Femmes Puissantes les errances de corps égarés, blessés, exilés. Et se voit remettre, pour cela, le prix Goncourt 2009.
 

 
 
Fluctuat : Pourquoi tant de mauvais pères dans votre livre ?
Marie Ndiaye :
Ce sont des effectivement des mauvais pères pour des raisons différentes. Le premier parce qu'en quelque sorte il assume assez froidement le fait de ne pas aimer tous ses enfants, et même de n'en aimer qu'un, et de mal l'aimer. L'autre père, Rudy, lui a du mal avec ça. Il a honte, est extrêmement gêné de ne pas ressortir un amour immédiat.

Le thème de l'exil, qui unit vos trois récits, vous tient particulièrement à coeur ?
C'est peut-être une façon, en tout cas dans les livres de placer les personnages dans une situation de destabilisation. C'est à dire que ces personnages trouvent, là où ils arrivent, souvent un endroit soit décevant soit inhospitalier. C'est le cas évidemment pour les exils involontaires.
Dans ce récit j'avais vraiment envie de montrer ce que vivent et ce que souffrent ces gens qui tentent l'exil vers l'Europe en général. J'ai vu comme évidemment presque tout le monde ici des documentaires à ce propos, et j'ai lu des articles très détaillés à ce sujet. Il y a une chose vraiment qui me frappe c'est que ces gens sont vraiment des héros : ils traversent des épreuves inimaginables d'horreur de brutalité et je les trouve d'une vaillance inouïe. Et d'ailleurs ce que je décris dans cette histoire comme souffrance c'est peut-être un dixième de ce que vivent plein de gens en réalité.

Quel sens donner à la figure de l'oiseau, très présente dans votre livre ?
C'est une figure qui représente à la fois une éventuelle menace comme dans le film d'Hitchcok par exemple. Et en même temps ce à quoi on peut aspirer à être. Evidemment c'est un cliché mais un oiseau est une source de liberté infinie.

Obésité hémorroïdes, plaies béantes : pourquoi ces détails physiques ?
Je ne sais pas précisément le sens que je donne à ça, en tout cas c'est vrai que pour le père de Norah c'est un signe de grande déchéance car c'est un homme qui plaçait la grande minceur au-dessus de tout, même au-dessus de toute espèce de moralité. Donc le fait qu'il devienne énorme et informe montre qu'il est vraiment, même de son propre point de vue, tombé très bas.
En fait, j'avais aussi envie d'être au plus proche de la vie c'est à dire que dans la vie on souffre de tout un tas de chose plus ou moins gênantes ou dicibles. Et là, alors même que Rudy a assez de problèmes psychiques, se trouvent en plus affecté de ce mal physiologique. Mais le mal en même temps lui arrive dans des sortes de crises. Finalement, ça c'était juste vouloir être au plus près de la réalité.

Un autre projet d'écriture en cours ?
Là je n'en n'ai pas du tout. Entre deux livres je lis beaucoup et je n'écris pas. Il faut vraiment que de longs mois passent avant que je commence à écrire.

Propos recueillis par Céline Ngi

Images : Florence Lemaire

Montage : Charlène Bouhet 

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