Marcel Dorigny




La sculpture de Fabrice Hybert est le premier monument national de commémoration, 159 ans après l'abolition de l'esclavage. Si outre-mer des initiatives locales ont été prises dans les années 90, la métropole rattrappe désormais son retard. Mais pourquoi est-ce aussi long ? Entretien avec l’historien Marcel Dorigny, membre du Comité Pour la Mémoire de l’Esclavage,

Existe-t-il d’autres lieux de mémoire de ce type en métropole ou outre-mer ?
La sculpture du Luxembourg est le seul monument national en France métropolitaine. Mais depuis le cent-cinquantenaire de l’abolition en 1998, il y a eu des initiatives locales : des plaques, mais aussi des monuments, des bustes, comme celui de Toussaint Louverture à Bordeaux. Et au-delà de Nantes ou Bordeaux, d’autres villes se sont impliquées : Palaiseau, Sarcelles, Villepinte, Le Havre… Outre-mer, des communes ont évidemment leurs propres mémoriaux. A la Martinique, il y a ces sculptures d’hommes enterrés jusqu’à la taille qui jaillissent du sol, tournés dans la direction du Golfe de Guinée. On en trouve aussi à la Guadeloupe : au fort Matouba, à Pointe-à-Pitre… Mais ce qui n’existait pas, c’est un monument national. En érigeant celui du Luxembourg, l’Etat applique une préconisation du Comité Pour la Mémoire de l’Esclavage, déjà prévue par la loi Taubira. Il applique la loi !

La loi Taubira date de 2001. Pourquoi un délai aussi long ?

Nicolas Sarkozy, qui s’est engagé à inscrire le 23 mai 1 dans le calendrier républicain ?
Etonnant, quand on a entendu les propos du candidat contre la repentance. Or personne n’a jamais parlé de « Repentance ». Nicolas Sarkozy a cédé à des groupes de pression guadeloupéens de la région parisienne. Il devait penser qu’ils avaient une influence sur le vote de l’outre-mer, même si les résultats de l’élection montrent que ce n’est pas le cas.
Sur le fond, sa promesse signifie qu’on aurait donc deux dates pour la commémoration de l’esclavage. Je ne sais pas comment il pourra tenir parole.

Y aura-t-il bientôt d’autres lieux de mémoire en France ?
Nantes construit en ce moment un Mémorial. Je ne sais pas exactement quand il ouvrira : pas avant 2008 ou 2009. [Bordeaux a également un projet important. La ville a tellement de retard à rattraper… Mais elle est en train de comprendre qu’elle n’a aucune raison de garder le silence sur son passé. [Un centre de recherche doit également voir le jour, avec sans doute à la clé la création d’un musée. Le comité de préfiguration est dirigé par Edouard Glissant. Par ailleurs, quelques musées évoquent déjà l’Histoire de l’esclavage en France : le Musée d’Aquitaine de Bordeaux, celui du Nouveau Monde à La Rochelle, des Ducs de Bretagne à Nantes.

Propos recueillis par Marie Painon

Marie Painon.