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Ni romantisme ni exotisme dans ce roman tropical, mais l'envers du décor du Paraguay, baigné dans l'atmosphère morale d'exilés abrutis par le climat et l'aventure ratée, et dans la tourmente politique d'un pays en ruine. Ce monde n'est exotique que dans la parabole. Celui que fuit Ida, une Ida amputée. L'auteur nous rappelle que la haine, la mort et la folie ne sont hélas pas d'un univers limité. Eldorado 51, c'est aussi de beaux portraits, celui de cette femme isolée qui lutte vaille que vaille, de ce vieil homme momifié vif, de ce fils, caricature du colon conquistador. Voici un Trillard au mot économe, qui serre les dents et qui restitue, par la magie des mots, cette voix qui monte du fin fond d'une estancia au pays du Transchaco, une voix profondément humaine à l'odeur de la charogne. La forme est séduisante, le fond inquiétant. Le lecteur se raccroche à cette voix, forcé dans un malaise, de reconnaître qu'elle est terriblement lucide, et que la folie même lui a préservé une ultime part d'humanité. Par sa voix, ce roman nous rappelle que nous vivons dans ce monde, quoiqu'on en dise.
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