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Le syndrome Billy Zane
Le Premier Jour ressemble aux décalques d'Indiana Jones qui polluèrent les dix années d'Hollywood qui suivirent le film de Spielberg : des décors en carton-pâte, des volcans, des fouilles, des clones d'Harrison Ford en forme de Billy Zane, flanqués de nanas blondasses en chemisiers blancs qui sont des personnages forts et finissent par donner des baisers dont on n'oublie jamais le goût. L'histoire de ce Premier Jour est d'une belle limpidité : une archéologue, Keira, partie à la recherche du Premier Homme (le squelette zéro), reçoit en cadeau d'un jeune éthiopien (qu'elle abandonne salement au début), un pendentif en matière super naturelle indatable. Le bijou est une pierre de lave insensée qui contient une carte astronomique des premiers temps.
Une association secrète et internationale convoite le bijou. La jeune femme retrouve Adrian, un ex-amant astrophysicien qui, peu à peu, entre dans le jeu de la quête. Lui cherche la Première Etoile ou le secret de la formation de notre univers. Cela tombe bien : il n'a pas grand-chose à faire, a un peu d'argent et quelques copains qui peuvent lui donner un coup de main. Les deux se mettent à la recherche de fragments cousins du pendentif et nous y voilà. On pourrait tout raconter en quelques lignes mais cela ne rendrait pas le talent de Marc Levy qui raconte en plus de 400 pages ce qui tiendrait partout ailleurs en une trentaine. L'écriture est soignée, sans aucune aspérité, allégée par des dialogues invasifs et qui installent la complicité entre les héros et le lecteur. Levy essaie de se concentrer sur son aventure mais ne peut s'empêcher de noyauter le récit de séquences un brin sentimentales où les héros débriefent leurs états d'âme avec leurs sidekicks (Walter, d'un côté, la sœur de Keira de l'autre).
En Levytation
Le mélange des genres produit un effet étrange, à mi-chemin entre l'aventure « à la française », kitsch et assez maladroite, et la comédie de mœurs. Les 200 premières pages sont à cet égard un modèle du genre. Levy construit son récit à partir d'un plan symétrique quasi parfait : l'homme, la fille, une possibilité, comme s'il avait été aidé par une (petite) armée de scénaristes stagiaires. Les types sont définis en quelques lignes mais immédiatement partagés. On ne peut qu'être admiratif devant cette capacité à s'exprimer si simplement que l'incarnation, la suggestion et la description fonctionnent ici au quart de tour. Les images de Levy sont comme des dessins d'enfant. On peut lui reprocher son manque de détails ou la pauvreté de sa palette mais il n'y a sans doute pas 36 manières de dessiner une montagne.
Un triangle, des neiges éternelles, un bouquetin. La mer : un palmier, des vagues et un coquillage si on a le temps. L'amour ? Un regard, un baiser toutes les cinquante pages et une nuit sous la tente. Les héros passent en Grèce (mode solo), en Chine (que c'est rapide la Chine chez Marc Levy), en Ethiopie. Ils font le mur à Stonehenge et vont chercher des objets magiques (entre Pékin Express et Fort Boyard, Da Vinci Code pour les nuls), des textes qui ouvrent les portes de la connaissance. L'Organisation secrète tire les ficelles dans l'ombre. Il y a même des morts et des taches de sang. Le rythme est échevelé et en même temps poussif. Il faut des pages et des pages pour que le récit progresse, comme si on était dans un Derrick à monde ouvert. Un avion, un 4x4 et puis tout de même quelques révélations dans la lignée des livres de mystère.
Sur le carreauPatatras c'est l'accident. Sans qu'on s'en rende compte, le volume tire à sa fin et l'héroïne est sur le carreau. On avait tellement pris l'habitude que les mises en place prennent des plombes qu'on ne l'avait pas vu venir. Scission. Keira meurt noyée dans un 4x4. Si jeune. Dire que 100 pages avant, en 6 lignes, l'astrophysicien lui avait fait un cunnilingus au caramel (hé oui, on ne s'ennuie pas) et que 5 pages avant sa mort, elle vivait encore. Nue et en levrette (ce n'est pas dit), elle se faisait prendre dans les eaux du Fleuve Jaune, et puis, paf. Marc Levy nous laisse KO pendant trois pages et vlan, deux photos sous le nez, et ça repart. Peut-être pas morte pour de bon. On se disait bien. Marc Levy est si bon que même ses propres rebondissements ne lui résistent pas.
Si Le Premier Jour avait été un film, il serait sorti directement en DVD. Cela n'aurait pas enlevé le plaisir qu'on aurait eu à le découvrir en famille. On assassine bien Disney. Marc Levy a beau se mettre le feu, il reste si accessible qu'on ne peut s'empêcher de le trouver sympathique. On peut dire du mal de lui comme de McDonald (ce n'est pas recommandé pour la santé, ça manque de légumes, c'est pas donné, les sièges sont inconfortables) mais on n'y changera rien. Le gars a son rayon chez Auchan, sa chromo couverture sous la prunelle de vos yeux. Le roman aurait pu être mieux fait (plus concis, plus surprenant, plus consistant) mais n'aurait pas pu être fait ailleurs et par quelqu'un d'autre. On a tous en nous quelque chose de Marc Levy. Certains tuent le Marc Levy en eux mais il remonte un jour ou l'autre. Le volume 2 s'appelle La Première Nuit. Il y aura du rab de cunni aux noix de macadamia ? Des cannibales avec des marmites en fonte ? Des noix de coco ? Des zèbres ? De la plongée... Oui, de la plongée, ce serait cool, avec des nazis dedans.
Marc Levy, Le Premier Jour, Robert Laffont, 2009.
Benjamin Berton
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