« Et parfois, sans influence divine, sans atteinte des flèches de Vénus, une femmelette sans beauté sait se faire aimer. »
Nous ne connaissons pratiquement rien des détails de la vie de Lucrèce : ses dates de naissance et de mort ne sont elles-mêmes que des spéculations.
Poète et philosophe latin, Lucrèce est avant tout un épicurien. Dans son
De la nature (« De rerum natura », plus communément appelé
De natura rerum), il expose et explique les tenants et aboutissants de cette philosophie.
De la nature est un poème composé en hexamètres dactyliques et divisés en six chants. La principale originalité de cette œuvre est justement son caractère poétique. En effet, cette forme était généralement rejetée par les épicuriens, pour qui elle ne représentait qu'un divertissement, et ne devait en aucun cas se mêler de philosophie (et surtout pas de la leur). Lucrèce s'explique sur cet apparent paradoxe en comparant le fond de son poème au « remède » amer, et sa forme poétique au miel qu'on lui adjoignait afin que son absorption soit plus agréable.
Composé en pleine période de trouble politique de la fin de la République,
De la nature expose une vision matérialiste du monde. Sans réfuter l'existence des dieux, Lucrèce avance que ceux-ci, heureux, ne se soucient pas du sort du monde et des humains. La connaissance matérialiste du monde est considérée comme le seul moyen d'atteindre l'ataraxie, but suprême de la philosophie épicurienne. C'est grâce à Lucrèce que sera transmis le concept de « clinamen » épicurien, liberté mécanique des atomes dont découle la liberté humaine.
De la nature est le seul ouvrage de Lucrèce qui nous ait été transmis au cours des siècles. Après la mort de Lucrèce,
Cicéron en fit la promotion (en y apportant quelques corrections). Le pouvoir chrétien, que les conceptions épicuriennes gênaient, aurait limité sa diffusion au cours des siècles qui suivirent : il semblerait qu'au VIIIème siècle n'existait qu’un unique exemplaire de
De la nature. On doit à Michel de Montaigne la « redécouverte » philosophique de cette œuvre majeure qui fut pleinement remise à l'honneur par les philosophes du XVIIIème siècle.