Donner une recette, moi ? de quoi ? : Extrait
Donner une recette, moi ? de quoi ? de cuisine ? Non, j'ai mis celle des mini-scones dans mon dernier livre, en me disant que si le chapitre était raté, on pourrait se consoler en réalisant un délicieux plat anglais (oui, oui, anglais et délicieux), imitant
en cela Coppola qui avait placé une recette de pâtes dans le premier volet du Parrain, pour que l'on puisse au moins le gratifier de ce geste utile. Voilà ce qu'il en est pour l'influence du cinéma dans mes livres. Mais bon. Passons. Pas le sujet. Une recette. La recette de l'amour fou ? à la Gainsbourg ? Non, pas tenté. Ni non plus une recette pour écrire un livre. Un livre c'est du travail et de la méthode bouleversés par des hasards heureux. Encore moins imaginer une méthode sur l'art de vivre, de survivre - mais vous, tiens, donnez-moi plutôt la recette du comment vivre sans écrire, parce que, entre deux livres, il me faudrait une recette pour ne pas perdre pied, rester poli, ne pas m'ennuyer, ne pas faire semblant, savoir donner le change, ne pas me mordre la lèvre en douce, ne pas tomber malade, me triturer les sourcils, me sentir lâche (mais je n'ai jamais cru à la recette du courage pour aider quelqu'un à rester vivant). J'avoue, rien, pas l'esquisse d'un plan, d'une méthode, on dirait que je vais à vau-l'eau, je n'ai pas de recettes, que des manies, des manières, des tics, des tocs, mais pas de recettes pour tenir, pour aimer, pour vivre, pour écrire, juste le souffle retenu de se dire, cette fois quelque chose semble tenir tout seul, dans l'air, je ne sais pas comment, même si je sais la recette de l'air, que je peux vous donner : 0,79 d'azote et 0,21 d'oxygène. Voilà. Ça ne nous sera utile ni aux uns ni aux autres. Contentons-nous alors de rappeler que Littré offre au mot recette cette acception assez faulknérienne pour être rapportée : « débit des eaux d'un fleuve, par rapport au réceptacle. » Quelque chose du débit de l'écriture par rapport au roman qui peut l'accueillir. Presque le début d'une forme.