La porte des enfers de Laurent Gaudé



Critique

Note du livre Le seuil de la douleur

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Le seuil de la douleur



Pour la rentrée littéraire, Laurent Gaudé, auteur très remarqué pour ses précédents ouvrages, publie La porte des enfers, un roman qui explore le seuil du désespoir, de la douleur du deuil au désir de vengeance.

Cette chronique est proposée par un lecteur dans le cadre de la rentrée des lecteurs.
 
Une balle perdue en pleine rue, Via Forcella, en plein jour, à Naples et le petit Pippo meurt dans les bras de Matteo, son père. C’est le point de départ de La porte des enfers, nouveau roman de Laurent Gaudé, auteur multiprimé pour La mort du Roi Tsongor (2002) et Le soleil des Scorta (2004). Un point de départ tragique qui se révèle être un point de non-retour dans la vie de Matteo. Guliana, sa femme, refuse l’inacceptable et l’exhorte : « Rends-moi mon fils Matteo. Rends-le-moi, ou, si tu ne peux pas, donne-moi au moins celui qui l’a tué ! ». Cet ultimatum insensé va pousser Matteo vers une vengeance qu’il ne pourra accomplir et disloquer le couple contre l’inéluctable réalité de la perte de leur enfant.
 
La mort dans la peau...
 
Gaudé tisse un superbe linceul de sentiments exacerbés sur le cadavre de l’enfant perdu. Le sentiment d’injustice et l’inutilité de la vengeance contre le funeste destin pousse Matteo à l’errance dans un Naples interlope. Guliana va cracher sur le monde des vivants en proférant de vibrantes malédictions. Chacun est poussé dans ses derniers retranchements par l’atroce impuissance qu’il éprouve devant le drame. Le combat de ceux qui restent contre le deuil et son cortège de résignations est magnifique. Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée. Le désespoir de Matteo va se transformer en errements jusqu’à une inimaginable descente aux enfers : un aller pas si simple qui va lui permettre d’exaucer la folle demande de Guliana.
 
Recueilli par une communauté d’égarés pittoresques, le père va pouvoir sauver le fils et animer ce « mort-vivant » par la vengeance qu’il aurait dû accomplir. Gaudé se prend un peu les pieds dans le suaire en descendant les marches (pavées de bonnes intentions) vers la Porte des Goules. La porosité entre l’au-delà et ici-bas est bien mise en scène mais la description des Enfers est grandiloquente et quasi-naïve. Elle ne fait que renforcer le peu de crédit des personnages caricaturaux qui assistent Matteo dans son abracadabrantesque incursion.
 
...puis la vengeance
 
La tension du début du roman insuffle bien des interrogations. Le premier narrateur du roman n’est autre que Filippo ; le même qui, enfant, vingt ans auparavant, ne se relèvera pas vivant d’une fusillade entre mafiosi décrite dans le chapitre suivant. La machine est bien lancée sur les rails d’une classique histoire de vengeance dans l’Italie du Sud. Mais le cœur du roman n’est pas là. Filippo n’a rien d’un ange exterminateur et il n’assouvit que les souhaits, les volontés ante mortem d’un disparu.
 
Comme une explosion souffle la flamme qui l’alimente, l’exécution de l’assassin ne ranimera aucun souffle et ne consolera personne, laissant encore une fois ceux qui restent en proie à leurs chagrins et leurs doutes. Même si son style emprunte à plusieurs genres, La Porte des Enfers laisse bien filtrer la vanité du combat contre la perte et l’inutilité de la vengeance comme solution réparatrice. Laurent Gaudé exprime parfaitement son grand talent dans cette capacité flamboyante qu’ont ses personnages à ne pas se résigner.
Buzz
Le 15 June 2008

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