Le bibliothécaire de Larry Beinhart



Critique

Note du livre Le Bibliothécaire - Larry Beinhart

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Le Bibliothécaire - Larry Beinhart



Après Reality Show ou comment faire de la première guerre du Golfe un programme électoral amenant Bush père au pouvoir, Larry Beinhart revient avec Le Bibliothécaire. Soit un thriller politique qui cette fois s'en prend à Bush fils et évoque parfois un 24 h chrono qui serait anti-impérialiste et de gauche.
David Goldberg, bibliothécaire dans une université de Washington, accepte de s'occuper de la bibliothèque privée d'Alan Stowe, vieux bailleur de fond du parti Républicain. Evidemment, à moins d'une semaine des élections présidentielles qui verront s'opposer le président sortant Scott à la première candidate femme Démocrate, Murphy, ce que va découvrir Goldberg risque de bouleverser pas mal de choses dans le pays.

Beinhart est romancier, scénariste et auteur d'une légendaire méthode : "How to write a mystery". Mais Gallimard n'a fait paraître à ce jour que Reality Show en 1995 (à partir duquel Barry Levinson a réalisé des hommes d'influences), et cette année, Le Bibliothécaire. Les deux sont excellents, mais attendre plus de dix ans à chaque fois, c'est aussi épuisant que d'espérer la suite de Harlot et son fantôme de Norman Mailer. Bref, le dernier est là, on l'avale, trop vite. Beinhart enfourche sa monture de prédilection, le thriller politique et, après avoir tiré le portrait à Bush père dans Reality Show, il s'offre le fils, rebaptisé Scott, à la veille de sa peut-être réélection à la tête de l'Empire du Bien. Ce qui est bon dans les récits de Beinhart, en dehors d'un gauchisme oxygénant quand il provient des USA, c'est qu'ils ne frisent jamais la théorie du complot.

Les tentacules de la pieuvre
Beinhart, s'intéresse à l'argent du règne, à la capacité immarcescible à acheter le pouvoir, propre au parti Républicain présenté ici comme une mafia aristocratique et affairiste. Et supportée par quelques moghuls impeccables qui abreuvent et pour le bénéfice unique desquels, l'Etat votera les lois ultralibérales dont le social pâtira : baisses d'impôts, détaxes...

Ainsi Stowe, maître des ténèbres, engage David Golberg comme archiviste sans même se demander si la tâche qu'il lui confie ne risque pas de lui glisser des mains. Ce qui arrive, bien entendu. Alors la pieuvre déploie ses tentacules,son bras armé liberticide, protégé par le Patriot Act,loi qui donne tous les droits aux forces territoriales pour transformer un honnête acheteur de bouteille de gaz en terroriste antiaméricain.

Jack Morgan, principal agent de la Sécurité Intérieure, est donc chargé d'éliminer Goldberg, avant que sa découverte n'entache la réélection assurée de Scott. « Il avait basculé du coté des ténèbres. Son bon cœur avait fini par devenir son plus dangereux handicap. Il avait été si sûr de lui qu'il était devenu un pharisien. Les pharisiens croient que tout ce qu'ils font est nécessairement bien, puisqu'ils incarnent le Bien, et que tout ce qui est issu du Bien est nécessairement bien. » Quand entrent en scène les barrés de la Sécurité intérieure, Le Bibliothécaire prend toute sa dimension. Celle d'un renversement total de la cultissime série 24 Heures. De Jack Morgan à Jack Bauer il n'y a qu'un flip-flap.

La contre-méthode 24 h
24 Heures est une série Républicaine dans laquelle le héros a toute latitude pour sauver l'Amérique, jamais le monde. Ecoutes, perquisitions, interrogatoires puis tortures, intrusions dans la vie privée, complots, assassinats. Jack Bauer est un type bien, sympa, dur à la tâche. Jack Morgan est une ordure avide de violence, petit nazi aux ordres, payé une misère pour assurer les cols blancs. Quelle différence entre les deux ? Les commanditaires. Pour Bauer, la Fox, network des Républicains. Pour Morgan, Beinhart, écrivain de gauche, désemparé par la force économique de l'Eléphant et son pouvoir vaincu à coup de pétrodollars. C'est dans cette méthode en creux que tient l'excellence du Bibliothécaire. Beinhart renverse la vapeur et nous offre un contre-feu bien plus subtil que les cinq saisons du blockbuster.

Le Bibliothécaire
Un polar de Larry Beinhart
Gallimard, collection "Série noire", février 2006

Sébastien D. Gendron Le 06 mars 2006
- Pour finir, un coup de griffe : j'ai du mal à concevoir qu'on puisse vendre une Série Noire au double et demi de son prix habituel. Je sais qu'Aurélien Masson, trentenaire malin et nouveau directeur littéraire de la collection,a fait de considérables efforts pour alourdir les nouveaux formats (large police de caractère, interlignes épais, marges vastes) mais n'y avait-il pas d'autres moyens de combler les déficits ? Comme beaucoup des parutions de La Noire, Le Bibliothécaire est parfait, mais de là à le vendre 24 €... Ceci dit, qui sait ? Peut-être y a-t-il dans le programme éditorial l'idée géniale d'en faire plus tard des poches aux prix plus populaire ... des anciennes Série Noire ?

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Sur le web :
- Reality show (1993), précédent ouvrage de Larry Beinhart paru chez Gallimard et Folio policiers

Sur le Web -le site des éditions Gallimard