Le Docteur Rippenblatt et Ses Charmantes Conséquences de Keyvan Sayar



Critique

Note du livre L’Homme qui n’avait pas de prénom

Lecteurs

Votre note

L’Homme qui n’avait pas de prénom



Premier roman de Keyvan Sayar, Le Docteur Rippenblatt et Ses Charmantes Conséquences prend la forme d'une chronique familiale semi-fantastique pour mieux livrer une vision aigre-douce de la société occidentale.
La trame du Docteur Rippenblatt et Ses Charmantes Conséquences flirte avec l'absurde : le personnage éponyme découvre qu'il n'a jamais eu de prénom, phénomène qui met en lumière la vitesse avec laquelle s'emboîtent les étapes d'une existence. A cette angoissante fugacité, Keyvan Sayar oppose la verve de sa fantaisie : entre le climat d'émerveillement enfantin qui évoque Le Petit Nicolas de Goscinny, les jeux de mots dignes d'un Raymond Queneau et les bars enfumés tout droit sortis d'un roman de Bukowski, l'auteur compose une fable aux allures atemporelles, dont seuls quelques détails indiquent que le récit se tient au 21ème siècle.

Pavillon des âmes tristes

A l'aide de courts chapitres parfaitement ciselés, le texte expose d'abord la solitude de ses trois personnages (le Docteur, sa femme et leur fils) pour ensuite l'investir de tendresse et d'onirisme. Un parfum fantastique flotte sur le pavillon de banlieue qui loge nos héros, notamment à travers les drôles de blagues animalières que raconte Chouki, gamin farceur dont l'audace distille au fil des pages une douce foi en l'enfance.

Pourtant, l'humour et la mélancolie laissent parfois place à une tonalité tragique. Au détour d'un chapitre, il est soudain question des ravages suscités par les MST (« petite bête qui démange de l'intérieur») ; la gravité pointe également son nez lors d'un passage/pamphlet contre les hôpitaux psychiatriques, accusés d'anéantir toute la richesse sensitive de leurs patients.
Cette coexistence de différents tons illustre à merveille le propos du roman, qui converge tout entier vers l'éloge de l'harmonie sociale et de la liberté à disposer de son propre corps.

L'imagination au pouvoir

Prise dans ce glissement entre gracieuses envolées du rêve et redescentes vers la férocité du quotidien, la langue peut s'engouffrer dans un espace fertile. Entre le « yéti inséré dans la vie professionnelle», les « petites cervelles bien peignées » ou les « grippes à la jambe », le langage fait surgir des images vaguement inquiétantes, mais qui parviennent toujours à égayer le récit et à relancer l'émouvante destinée sentimentale des personnages.

Après avoir exploré avec un même brio Venezuela et bois de Vincennes, Le Docteur Rippenblatt et ses charmantes conséquences finit par dévoiler son programme fictionnel. « Les gens (...) ne voient pas que les chansons, les poèmes et toutes les histoires ne sont que des prétextes. Le vrai texte il faut l'écrire soi-même », écrit Keyvan Sayar. L'objectif de ce roman pétri d'imagination serait ainsi d'inviter le lecteur à faire quotidiennement preuve d'audace et d'altruisme. L'auteur affirme par là sa foi dans le parcours initiatique de ses héros et son goût pour les éternelles lueurs de l'enfance, chargées d'éclairer tant bien que mal l'esprit des peuples.

Damien Leblanc
Le 05 juillet 2008