La vie enfantine de la tarentule noire, par la tarentule noire de Kathy Acker



Critique

Note du livre La Vie enfantine de la Tarentule Noire - Kathy Acker

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La Vie enfantine de la Tarentule Noire - Kathy Acker



Kathy Acker, égérie de l'underground new-yorkais, parle de sexe, de la dimension carcérale de l'identité et de la possibilité d'être multiple. Elle le fait dans une langue torrentielle, autant imprégnée de références classiques que de l'énergie destructrice du punk. Donc, forcément on aime.
Soucieuse de ne pas laisser à ses excellents voisins le monopole de la gaudriole, la rédaction livres a décidé d'ajouter une forte dimension sexuelle dans l'espace qui lui est réservé. Dépucelage en règle avec le cas Kathy Acker, dont les éditions Désordre éditent le premier livre La vie enfantine de la Tarentule noire par la Tarentule Noire paru en 1973 aux Etats-Unis et dont l'auteur résume ainsi le projet : intention : je deviens une meurtrière en répétant la vie d'autres meurtrières.
Cet énoncé performatif est au cœur d'un dispositif littéraire particulièrement ambitieux qui vise à réfuter le mensonge de l'identité et en premier lieu, celui de l'identité sexuelle. Parler d'elle le jour où on célèbre la femme est d'ailleurs un hommage que l'auteur aurait certainement peu apprécié. Cette icône de l'underground new-yorkais, que William Burroughs appela la Colette post-moderne est en effet connue pour ses prises de position queer , et a donc toujours refusé de faire de la notion de genre un facteur d'identité.
Dans la vie enfantine..., son narrateur est alternativement une femme, un homme, hétéro ou/et homosexuel, qui s'adonne à la jouissance de manière débridée et refuse toute posture morale. « Les muscles de mon con commencent à bouger autour de ta pine mes muscles se libèrent toupillent jusqu'à l'extrémité de mon clito par mes jambes le centre de mon ventre des muscles nouveaux plus nouveaux vibrent je commence à jouir je ne te connais pas ».

Le sexe contre l'hypocrisie
Une lecture superficielle envisagerait le livre comme la confession impudique d'une jeune fille un rien dérangée. Mais chez Kathy Acker le sexe ne se résume pas à des descriptions pornographiques pas plus qu'il n'exprime le simple goût du scandale : il est l'ultime manifestation de la vérité dans un monde totalement corrompu par l'hypocrisie. Quand elle manque de se faire violer par son père, la narratrice est surtout inquiète de voir son géniteur avoir peur de son désir, « la chose la plus sincère en lui ».
D'ailleurs cette narratrice n'existe pas, du moins selon les canons habituels de l'identité au sens où l'entend l'administration ou le genre romanesque. La vie enfantine... met ainsi en scène différents personnages que l'auteur assume tous à la première personne : d'abord née en hiver 1827 puis folle dans le Barbican en 1848, puis en 1973 (la vraie date de naissance de Kathy Acker), elle est parfois « deux personnes en train de faire l'amour ». Il arrive même qu'elle devienne le Marquis de Sade ou Willam Butler Yeats. Tout plutôt qu'« être un robot ».

Si l'emploi du « je » doit être une forme neuve capable de libérer l'absolue singularité de l'être, alors il ne peut être codifié et doit demeurer non identifiable. Pour brouiller un peu plus les pistes, Kathy Acker est allée jusqu'à faire inscrire son pseudonyme, la Tarentule noire dans l'annuaire new-yorkais en 1973. Puisque tout est faux, que le mensonge règne en maître, Acker pousse dans ses derniers retranchements une esthétique du travestissement,sans en faire un nouveau dogme : « Si tout est travestissement il n'existe rien de tel que l'amour authentique ou une véritable amitié ». Un cancer interrompit sa quête fabuleuse en 1997.

La Vie enfantine de la Tarentule Noire
Un roman autobiographique de Kathy Acker
Editions Desordres/Laurence Viallet, janvier 2006

Daniel de Almeida Le 08 March 2006
Ouvrages de l'auteur disponibles en français : - Sang et stupre au lycée, (Désordre/Laurence Viallet, 2004) - Grandes espérances, (Bourgois, 1998) - Algeria, (le dernier terrain vague, 1988) - Don Quichotte qui était un rêve (Noël Blandin éditeur)

Sur le web :
-le site des éditions Désordre

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