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>> Lire l'interview de Karl Laske, un des auteurs du Vrai Canard.
Selon le vieux principe de l'arroseur, arrosé, il fallait bien qu'un jour le Canard Enchaîné soit à son tour la cible d'une enquête en bonne et due forme. Symbole de la presse indépendante, qui vend chaque semaine ses 8 pages vierges de publicité 1,20 €, l'hebdomadaire satyrique aux 500 000 lecteurs n'a pourtant pas l'habitude de se faire réprimander. Et encore moins de se justifier sur ses méthodes de travail ou son intégrité. Autant dire que Karl Laske et Laurent Valdiguié, journalistes à Libération et Paris-Match, ne devaient pas s'attendre à ce que le palmipède se laisse examiner sans sourciller.
Culture du secret
Sans surprise, les auteurs expliquent donc dans leur préface être tombés sur un barrage lorsqu'ils ont voulu contacter la direction du Canard. Idem avec les journalistes et les collaborateurs. Ceux qui ont accepté de s'exprimer l'ont fait à condition de conserver leur anonymat. Et il n'y a guère que deux anciens partis fâchés, André Rougeot et Roland Bacri, pour livrer leur confession à "visage découvert". Le secret est apparemment une culture maison tenace. Laske et Valdiguié ont donc dû se débrouiller seuls, ou presque, pour en savoir plus sur les cuisines du journal satyrique.
Le "vrai Canard" que tente de dévoiler le duo ne serait pas donc pas au dessus de tout soupçons. A commencer par sa fameuse page 2, alias La Mare aux Canards, qui compile toutes sortes de "off" croustillants commis par nos hommes politiques français. D'après les auteurs, le Ministre de l'intérieur Brice Hortefeux, qui aurait également "balancé" l'affaire de l'appartement d'Hervé Gaymard au journal, en serait un des principaux pourvoyeurs. Le Journal de Carla B. serait lui fortement inspiré par un conseillé de l'Elysée, Pierre Charon, et comporterait de vrais messages subliminaux de la première dame de France. Deux exemples qui témoignerait d'une relation ambiguë entre le journal et le président Nicolas Sarkozy. Une théorie réfutée par le Canard dans son édition du 26 novembre 2008, sous la plume de son directeur de la rédaction Michel Gaillard.
Un palmipède susceptible
Ce même Gaillard a par ailleurs peu apprécié le passage revenant sur le passé de son père, l'écrivain et journaliste Robert Gaillard, sous l'occupation. Soupçonné de collaboration, il fut effectivement innocenté à la Libération. Mais grâce au coup de pouce de François Mitterrand, qui fut son partenaire de stalag, assure le livre, tout en publiant des textes et des témoignages accablants sur cet "ami du Canard". Une épisode que le boss du journal aimerait laissé au placard mais qui a pour but de démontrer les forts liens qui unissaient "Tonton" et le "volatile".
Sur d'autres points, en revanche, ont attend toujours les démentis de l'hebdomadaire. Sur ses relations avec Mitterrand, donc. Ainsi que celles qui le liaient à Roland Dumas, ancien avocat du Canard plutôt épargné durant l'affaire Elf. Mais aussi sur des articles ou des enquêtes publiées par le journal qui ne reposaient finalement sur un aucun fondement. En tête, les papiers d'André Rougeot sur le meurtre de la députée Yann Piat qui mettaient en cause sans les nommer François Léotard et Jean-Claude Gaudin. Un dérapage dont le Canard se dédouana en se servant de Rougeot comme fusible. On pourrait aussi citer l'histoire du compte japonais de Jacques Chirac ou le faux rapport publié en 2008 sur l'embuscade des militaires français en Afghanistan. Autant de casseroles qui n'ont jamais fait l'objet d'un Pan sur le bec.
Sans verser dans le pamphlet, Le vrai Canard égratigne donc quelque peu cette institution du journalisme français qui, toutefois, ne s'écroulera pas suite à la sortie de l'ouvrage. Ce n'était sans doute pas le but recherché. Mais le livre parvient tout de même à dégonfler le mythe d'un journal irréprochable, où on ne badine pas avec la déontologie et où les journalistes travaillent dans la bonne humeur et la convivialité. Un travail qui donne finalement au Canard un visage faillible et, par conséquent, plus humain.
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