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Karine Henry : Progressivement. Ce roman est le résultat de dix années de labeur. Il a fait l'objet d'une réécriture à la suite d'une terrible bévue informatique qui m'a fait perdre en 2002 la version achevée du texte. Cette perte m'a d'abord complètement abattue, mais l'envie et le soutien de mon éditeur m'ont permis de me remettre de cette épreuve, de reprendre le travail et d'aller jusqu'au bout de l'équation. J'écrivais d'ailleurs depuis longtemps, surtout des essais, de la poésie, des écrits personnels sans parvenir à commencer le roman... Ces textes étaient regroupés dans mes carnets qui étaient comme la trace de quelqu'un qui n'aurait pas su faire oeuvre de fiction. A un moment, j'ai souhaité dépasser la figure de ces carnets pour en faire une oeuvre véritablement romanesque. La Désœuvre est le fruit de cette volonté.
Le titre suggère un état d'abattement, d'oisiveté. Un sentiment de malaise...
Le roman est d'abord le lieu d'une absence, d'un vide incarné par la non-existence de Marie, la sœur cadette en mal d'affection. Fascinée par sa sœur, Marie ne parvient pas à s'épanouir. A l'opposé, Barbara ne cesse d'écrire, mais cette écriture compulsive, violente est sans cesse ajournée, reconduite, repoussée... jusqu'à lui puiser toute son énergie. Barbara se tue a la tache sans parvenir à créer. Le roman raconte cette tragédie. Et la non-oeuvre de Barbara devient, par l'intermédiaire de Marie, l'objet du contenant de ce roman, sa matière même.
On glisse donc, par une mise en abyme, de l'écriture d'un roman au roman d'une écriture ?
Oui, La Désœuvre peut se lire comme la mise en fiction d'une non œuvre. Par ce procédé, l'échec de l'œuvre de Barbara devient la réalisation de l'écrivain. Sous le regard fasciné de Marie, c'est le roman qui s'écrit... L'œuvre naît d'une lutte avec soi-même. En achevant ce roman, j'ai dépassé l'entrave de la création. Il faut savoir sublimer sa propre matière.
Vous semblez attachée à cette notion de mise en abyme...
Je suis fascinée par la nouvelle d'Henry James, L'image dans le tapis qui est une allégorie de l'écriture et par le processus de la création littéraire en général. On retrouve cette thématique chez Melville, dont je suis également une grande admiratrice.
L'atmosphère du roman se ressent aussi de la littérature fantastique à travers de la névrose de Barbara, de l'enfermement...
Le roman repose effectivement sur une tension psychologique intense, une menace permanente. Les moments de répit ne sont qu'une pause entre deux crises de Barbara, cet aigle-noir capable d'une grande violence et qui n'éprouve qu'aversion et dégoût pour les choses du quotidien, pour le banal. Il y a un suspens permanent, quelque chose du thriller aussi. On songe par exemple à l'univers de Shining, et au Locataire, le film de Roman Polanski dont j'apprécie beaucoup l'œuvre.
Travaillez-vous a un deuxième roman ?
Oui, mon prochain roman est en cours d'écriture. Cela fait déjà six ans que j'ai ce projet en tête. Il concernera à nouveau l'acte créateur et son empêchement. Cette fois, l'entrave ne sera plus mentale mais d'abord physique. Le personnage principal sera une ancienne danseuse professionnelle paralysée qui a perdu la maîtrise de son corps... Mais je n'en dirai pas plus...
Guénola Pellen
Sur Flu :
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