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Casting complet
Madani installe ses personnages avec beaucoup de classe et de technique : une légende mexicaine qui sort de prison et reprend les affaires où il les avait laissées, un politicien mexicano qui a le vent en poupe et a besoin de fric pour mener campagne, un flic écartelé et désabusé dont la famille vit toujours en plein milieu du ghetto et dont le père moisit en taule pour toujours suite à l'application de la « loi des 3 délits », un jeune artiste - frère du précédent - magicien des peintures murales et des tags qui tente de surnager alors que tout autour de lui les hommes tombent comme des mouches. Ajoutons à cela quelques personnages déjà vus ailleurs, et surtout au cinéma : un jeune rappeur devenu tueur fou et arriviste, un flic black baptisé bizarrement Frank Castle (c'est le nom du Punisher) mais qui ne lui ressemble pas, une ou deux jolies nanas bronzées et allongées alanguies sur des canapés et le casting est complet.
On ne racontera pas l'intrigue des Damnés du Bitume, sans quoi la lecture du livre n'aurait pas de sens mais Madani mène son affaire avec beaucoup de maîtrise jusqu'à sa terrible conclusion. Hector, le jeune peintre du ghetto (spécialisé dans la réalisation de « murs » en l'honneur des jeunes qui sont tombés), devient assez vite le point de fixation du roman. Son personnage romantique est particulièrement bien campé et évoque, pour ceux qui ont déjà entendu la chanson (est-ce une vraie référence, on n'en sait rien), l'Hector du "First of The Gang To Die" de Morrissey. Sa fin est à l'avenant, spectaculaire comme du Peckinpah et tragique comme une chanson d'Ice T. On reprochera à peine à Madani d'abuser des références clins d'œil (Alfredo Garcia, les textes de rap encapsulés à droite à gauche) et d'aller un peu trop vite sur le final : Les Damnés du Bitume se lisent comme un Voyage au Bout de l'Enfer, héroïque et tragique à la fois, une plongée en apnée dans un monde qui restera, on l'espère, à jamais exotique et lointain.
Karim Madani, Les Damnés du bitume, Belfond, septembre 2008.
Benjamin Berton
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