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Livre d'histoire de la République dominicaine, saga familiale menée tambour battant, peinture de toute une génération issue de la diaspora latina, La brève et merveilleuse vie d'Oscar Wao a déjà déjà valu à son auteur de recevoir le prix Pulitzer. Ceux qui ont découvert Junot Díaz avec Comment sortir une latina, une Black, une blonde ou une métisse (réédité sous le titre Los boys chez 10/18), retrouveront ici la tchatche caractéristique et l'humour débridé de l'auteur, aujourd'hui professeur d'écriture de 39 ans, dominicain de naissance et élevé dans le New Jersey.
Destin contrarié
La brève et merveilleuse vie d'Oscar Wao, narre les déboires d'un jeune type pas comme les autres. Oscar, geek dominicain, ne touche pas sa bille en matière de muchachas (ce qui est "très peu dominicain" justement, comme l'assure le narrateur omniscient de ce conte philosophique moderne). Fan de Star Trek, d'anime japonais, de comics US et de fantasy, Oscar est doté, en plus d'un surpoids franchement handicapant et d'une coupe de cheveux incontrôlable, d'un vocabulaire totalement incompréhensible pour n'importe quelle mujeres latinas de son quartier. Une situation qu'il vit d'autant plus mal qu'il tombe régulièrement amoureux et déclare sa flamme à tout bout de champ, de préférence à des filles se situant à milles années lumières de sa culture. Ecrivain frustré (Oscar comptabilise plus de tétralogies SF qu'un auteur publié, sans jamais avoir réussi à caser ne serait-ce qu'une nouvelle), il finit par désespérer de la vie. Un désespoir qui, comme le titre l'indique, le poussera à la tragédie tout en lui réservant une épiphanie réellement éblouissante.
Fukù et Zafa
Ce premier roman dépasse largement la trivialité d'une chronique de la loose ordinaire. Par delà les déboires semi-autobiographiques de son personnage, qui est comme lui dominicain de la seconde génération d'immigrés sudaméricains, Díaz raconte la longue et douloureuse histoire d'une nation. Durant plus de trente ans, la République dominicaine a eu sa part de malheurs. Sous l'ère Trujillo (1930 - 1961), un des pires dictateur que l'Amérique Latine ait connu, des milliers de malheureux furent arrêtés, emprisonnés et torturés, parfois juste pour avoir refusé d'offrir leur fille au chef suprême, tyran mégalomaniaque et grand consommateur de chair fraîche. La famille Cabral, La Hinca, Bélicia, Lola, Oscar, et les autres, furent tous plus ou moins victimes de cette généalogie de l'horreur, comme peuvent l'être les cibles d'une malédiction ancestrale. Cette malédiction, sur l'île, c'est le Fukù et tous les Dominicains y croient. Tout comme ils croient au pouvoir bénéfique du Zafa, le seul contre-sort efficace contre la poisse Fukù. Croyances et superstitions qui donne une couleur particulière au livre, une teinte fantastique sur laquelle Díaz n'hésite pas à s'appuyer pour envoûter son lecteur.
Saint-Domingue parano

Junot Díaz, La brève et merveilleuse vie d'Oscar Wao, Plon, 2009.
Maxence Grugier
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