Vue sur la mère de Julien Almendros




Je suis né le cordon ombilical autour du cou, un premier bijou qui, déjà, avait l’avantage de n’être pas très onéreux. Cet épisode ne peut être un souvenir. Je n’ai appris comment s’est déroulée ma mise au monde qu’il y a peu et par le hasard d’une de ces conversations que vous n’avez qu’à la Noël et à laquelle je ne participais pas. Ma mère ne m’en avait jamais parlé auparavant, car, d’après elle, je l’avais évidemment toujours su. Jusque-là, seuls quelques cols trop ronds, pire, quelques cols roulés que je portais malgré moi parce que je n’avais pas encore atteint l’âge légal pour choisir moi-même mes vêtements, me rappelaient cette sensation d’étranglement qui m'était familière mais dont j’ignorais l’origine. Ils étaient un peu ma madeleine, mais moi, j’avais envie de vomir.
 
Dès la naissance donc, ma mère me coupa la parole, et il y a fort à penser que lorsque le docteur Couetty me libéra de mes liens et que je poussai mon premier cri, ma mère en poussa un à son tour, pour avoir le dernier.