A l’instar de « Voyage au centre de la terre », l’intrigue des « Enfants du capitaine Grant » se noue autour d’un cryptogramme, en l’occurrence le message du capitaine enfermé par ses soins dans une bouteille qu’il jète à la mer, et qu’il faudra déchiffrer pour retrouver le pauvre naufragé.
L’équipage qui se lance à sa recherche dénote d’un système narratif déjà bien rôdé par Jules Verne, et extrêmement didactique. Lord et Lady Glenarvan représentent la sage autorité parentale veillant sur les enfants en l’absence de leur père, Robert et Mary les jeunes âmes qu’il convient d’instruire, et Paganel, le savant, se fait l’écho de la somme de connaissances que Jules Verne souhaite partager avec ses lecteurs.
Connaissances assez pittoresques pour la plupart, égayant le récit d’éléments érudits, mais qui, dans cet ouvrage, s’avèrent bien plus dérangeantes que dans d’autres livres de Jules Verne. Exemple croustillant : « ‘J’ai lu quelque part, dit-il, que chez l’Arabe la bouche a une rare expression de férocité, tandis que l’expression humaine se trouve dans le regard. Eh bien, chez le sauvage américain, c’est tout le contraire. Ces gens-là ont l’œil particulièrement méchant. » Un physionomiste de profession n’eût pas mieux dit pour caractériser la race indienne’ ». Même replacée dans son contexte historique, cette phrase (à l’instar de bien d’autres qui jalonnent « Les enfants du capitaine Grant ») n’est rien d’autre que raciste. Il faut préciser à ce titre que si Verne était au fait de l’état des connaissances scientifiques de son époque, il était loin de briller par son ouverture d’esprit. Ainsi, il s’opposait aux thèses darwiniennes, et partant, n’envisageait pas l’espèce humaine comme une race homogène, mais comme un vaste patchwork de races, certaines supérieures à d’autres, et d’autres très franchement inférieures. Un élément à garder à l’esprit lors de la lecture de ce qui reste, somme toute, un divertissement plaisant.