Après tant d'heures à marcher sans même rencontrer l'ombre d'un arbre, ni une pousse d'arbre ni une racine de quoique ce soit, on entend l'aboiement des chiens. (Le Llano en flammes) ”
Fils de paysans, Juan Rulfo est né le 16 Mai 1917 dans l'état de Jalisco, à l'ouest du Mexique. Sa jeunesse est particulièrement dure, dans une contrée rurale dominée par les superstitions et la loi du plus fort des "cristeros" (paysans fanatiques). Son père meurt assassiné au court d'un règlement de compte, où d'autres membres de sa famille perdent également la vie. Il a six ans : on l'inscrit dans un pensionnat de Guadalajara où il se refugie dans la lecture. Son œuvre en portera la trace.
En 1934, il va à Mexico et s'inscrit aux cours d'histoire de l'art de la Faculté de Philosophie et de Lettres. Il est agent d'immigration dans le Secrétariat du Gouvernement. Il se passionne pour l'histoire, l'anthropologie, et la géographie du Mexique. Il commence à explorer son pays natal de fond en comble : pendant dix ans il ira dans bon nombre d'états mexicains, mais aussi, en Europe et aux Etats-Unis. En même temps il écrit. Des contes. Dans deux revues, à Guadalajara et Mexico. Il reçoit le soutien de son ami Efrén Hernàndez qui commence à le faire connaître. Il se met à la photographie et publie ses productions dans un journal américain.
Deux oeuvres étendards
Ouvrier pendant un temps dans une usine de pneumatiques, Juan Rulfo abandonne son travail en 1952 lorsqu'il décroche une bourse du Centre des Ecrivains Mexicain et publie l'année suivante
Le Llano en flammes (
El llano en llamas) un recueil de sept contes déjà parus séparéemnt, et auquel il ajoute quelques inédits. Il décroche dans la foulée une autre bourse pour le projet de
Pedro Paramo, qui sera publié en 1955. Ces deux œuvres font de lui un écrivain hors pair. Il est salué par tous les grands de son temps : Jose Luis Borges,
Gunter Grass,
Elias Canetti ou
Carlos Fuentes, pour ne citer qu'eux.
Le llano en Flammes, peu remarqué à sa sortie, jouira avec le temps d'une renommée internationale grâce à sa dimension universelle. Dans une langue très simple, très dépouillée, loin de tout artifice et parfois proche de l'oralité, ses contes ressassent l'histoire de cette lutte éperdue pour la subsistance de la vie face aux éternelles menaces (climatiques, familiales, sociales) dans une campagne mexicaine aride, souvent dépeuplée et aux accents faulknériens. A l'instar de ce village de Comola où le jeune héros Pédro Paramo vient rechercher son père qu'il n'a jamais connu, s'apercevant bientôt que ses pas ne font que fouler des terres à l'abandon, où personne n'a survécu. Roman étendard du « réalisme magique », c'est la deuxième et dernière œuvre narrative de Rulfo.
Il se consacrera dès lors entièrement à son travail de recherche à l'Institut Indigéniste du Mexique et ce jusqu'à sa mort, en 1986 à 69 ans. Il a exposé plusieurs fois ses photographies, activité qu'il a également poursuivie avec passion toute sa vie. Son travail a fait l'objet d'une rétrospective en 2001. Malgré son œuvre succincte, Juan Rulfo demeure un écrivain dont le nombre de lecteur va croissant, et la jeune génération d'auteurs contemporains ne cesse de le citer en modèle, en père spirituel.