La Maison du sommeil de Jonathan Coe




“"Cléo conduisait une voiture de location sur la route côtière bien connue. De petites gouttes de pluie se projetaient sur le pare-brise. Elle était sortie de la vielle et commençait à grimper vers le promontoire. En passant devant la rangée de maisonnettes où Ruby vivait autrefois (et peut-être encore) avec ses parents, elle se prépara au flot de sentiments que la vue d'Ashdown allait sûrement lui inspirer. La maison pouvait d'un moment à l'autre apparaître à un virage.
Elle apparut enfin : énorme, grise, imposante, écaillée, semblant défier l'océan et ses menaces de violentes intempéries. En voyant de nouveau cette masse de pierre, ses contours, ses angles, ses courbes si caractéristiques, Cléo freina brusquement pour refouler ses larmes. Qui aurait pensé qu'une simple architecture pourrait avoir une telle emprise sur ses émotions ? Elle resta un instant arrêtée, indécise, au milieu de la route déserte ; elle entendait les cris plaintifs des mouettes, et luttait pour résister au flux de nostalgie et de regrets qui l'envahissait..."