La science-fiction est un genre philosophique par excellence. C'est ce qui fait sa richesse et qui fait aussi que les arguments de ses détracteurs prétextant qu'il s'agit d'une littérature pour adolescent boutonneux ne tiennent pas. Et ce n'est pas le cycle (une geste, ou une saga, pour être précis) de L'Oecumène d'or de John C. Wright qui contredira cette affirmation.
Dans L'Oecumène d'Or (The Golden Age en VO) sous-titré Une geste de l'avenir lointain, l'auteur nous présente une société entièrement gérée par des intelligences artificielles, nommées "sophotechs", qui s'occupent principalement de l'aspect juridique, énergétique, stratégique et économique des affaires humaines tout en pourvoyant à leur plaisir dans des univers virtuelles ultra-sophistiqués. Le genre humain s'est donc asservi volontairement pour son plus grand bien. Les planètes de notre système solaire sont toutes colonisées, ou servent de matière première à la Terre. Mieux, dans cette société véritablement post-humaine, la mort a disparu depuis longtemps. Les humains ne se reproduisent plus de manière "naturelle", ou presque, mais effectuent des copies, des doubles, des artefacts les représentants à divers endroit de l'univers. Ils vivent de toute façon plus généralement dans d'immenses simulations informatiques.
Tout semblerait donc (enfin) parfait dans le meilleur des mondes possibles, si ce type de civilisation sclérosée par un confort lénifiant, la quête du plaisir immédiat et le conservatisme rampant, ne comportait pas aussi de gros défauts : l'ennui tout d'abord, le manque de défi et d'ambition ensuite, ainsi que la peur du changement.
Pourtant, dans un univers où le soleil entrera un jour en expansion et réduira les planètes qui l'entourent en cendre, l'humanité devrait se soucier de son avenir. Un avenir qui, pour certains, se situe dans les étoiles. Mais dans une société comme celle de l'Oecumène d'Or, quand les conditions sont optimales, tout changement est considéré comme une dangereuse régression ou au moins comme une dégradation.
Fautif d'entretenir cet esprit d'aventure et des ambitions trop dangereuses pour ses pairs, Phaéton, le héros de ce livre, est condamné à voir sa mémoire effacée. En effet, le Phaéton de Wright est à l'image du personnage de la mythologie grecque. Fils bâtard du Soleil, et donc demi-dieux, Phaéton outrepassa ses droits en exigeant de conduire le char étincelant de son père. Mais ne pouvant maîtriser ses chevaux, il faillit embraser la Terre. Pour le punir, Jupiter le réduisit en cendre. Dans le roman qui nous occupe, ce sont les instances dirigeantes humaines qui décident de bannir Phaéton sur les instructions du Collège des Hortateurs, intermédiaires mi-hommes / mi-machines. Conseillés quasi-divin, les Hortateurs sont aussi souvent des industriels et des politiques.
Le doute s'installe alors. Phaéton est-il victime d'une machination ? Ses visés expansionnistes font-elles peurs ou gênent-elles plus prosaïquement un concurrent ? L'Oecumène d'Or est-il en but à un ennemi extérieur ?
Bien sûr, ce premier tome du Cycle, John C. Wright ne répond pas à toutes ces questions. Il expose plutôt qu'il ne résout. Pourtant, L'Oecumène d'Or pose aussi de passionnantes questions : L'avènement futur d'une post-humanité ultime verra-t'il s'installer la fin de l'histoire ? Les passions conquérantes inhérentes à l'espèce humaine, parce qu'inscrite dans ses gènes pour des raisons purement biologique (la préservation de l'espèce) vont-elles disparaître avec l'avènement d'une société surprotégée composée d'individus immortels et vivant par procuration ?
Pour l'auteur, cela représente évidemment un danger. Aussi paisibles soient-elles, ces civilisations futures sont surtout aveugles. Sûres de leur intelligence supérieure (pourtant uniquement dûe à des machines informatiques extrêmement sophistiquées) et s'infantilisant dans des simulations virtuelles sophistiquées, elles ne peuvent tout simplement pas imaginer leur chute. L'âge d'or de l'Oecumène serait donc surtout le règne de la fatuité et de l'aveuglement auto-satisfait.
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