Comment j'ai trouvé un boulot de Jim Nisbet



Critique

Note du livre Portrait de l'Amérique sauvage

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Portrait de l'Amérique sauvage



Sous couvert de comédie des mœurs dans le milieu des laissés pour compte américain, Jim Nisbet révèle dans Comment j'ai trouvé un boulot, dernier roman paru simultanément en France et aux USA, la véritable sauvagerie de l'Amérique. Bret Easton Ellis n'aurait pas fait mieux !
 
A la lecture de l'excellent Comment j'ai trouvé un boulot de Jim Nisbet, on se dit que l'Amérique n'a finalement pas beaucoup changé depuis les années 50. Le roman nous immerge dans l'Amérique des rejetés, des freaks et des sans abris, celle des "beat" de 2008 en somme. Et s'il est un auteur de polar qui doit revendiquer l'héritage de la beat generation, c'est bien Jim Nisbet.
 
Résident de la Californie du Nord, San Francisco pour être exact, une ville dont il est originaire et qu'il décrit merveilleusement, avec talent, amour et même passion, Nisbet fait parti du clan fermé des "meilleurs écrivains américains vivants", mais malheureusement, il est également ecarté au club des moins connus et reconnus, en France particulièrement. Ce n'est pas faute d'avoir pondu - au moins - quatre romans indispensables parmi la demi-douzaine publiée, dont Injection mortelle (dont tous ceux qui ont lu les premières pages ne s'en sont jamais remis), Prélude à un Cri, Le Codex de Syracuse, ou ce Comment j'ai trouvé un boulot, délicieusement tordu.
 
La jungle urbaine
 
Ce n'est pas faute non plus de cultiver de nombreux autres atouts : une écriture singulière, à la fois fluide et sophistiquée, un sens du dialogue qui ferait verdire d'envie n'importe quel scénariste de série télévisée américaine, un humour désespéré et une culture encyclopédique, qu'elle soit classique ou totalement apocryphe, sans oublier enfin, une voix, un ton, qui n'appartient qu'à lui. C'est pourquoi la traduction aussi rapide de Comment j'ai trouvé un boulot (titre original : The Octopus On My Head) est une bonne nouvelle pour les fans de polar, mais surtout pour les autres, ceux de Jim Harrison, de Thomas McGuane, d'Hubert Selby Jr ou de Larry Brown. Des auteurs avec lesquels Nisbet partage un point de vue unique sur les Etats-Unis, ainsi qu'une langue qui ne l'est pas moins, tout comme ses personnages, des paumés américains perdus dans la jungle urbaine.

Côté "polar", il y a de forte chance que l'amateur d'énigme et d'intrigue classique soit déçu par les 200 premières pages de ce roman. Sa description minutieuse (et hilarante) de la vie de trois exclus (deux précaires et un exclu, devrait on dire) dans l'Amérique de Bush en fin de règne, avec ses dialogues de junkie digne du Substance mort de Philip K. Dick, ou ses péripéties tragico-comiques dans le domaine de la récupération de biens impayés, risque de les laisser sur leur faim. Pour les autres, les amateurs de dialogues au couteau et de situations grotesques sous couvert d'une analyse très fine de la psyché américaine en ce début de 21ième siècle, eux devrait trouver leur compte.

Il serait dommage de s'arrêter à cette dichotomie pourtant, car, ne vous y trompez pas, il y a bien une énigme dans Comment j'ai trouvé un boulot. Une bien tordue même, pour ne pas dire franchement glaçante et totalement inattendue. De fait, Nisbet réussi là un coup de maître en plongeant son lecteur dans les us et coutume excentriques de ses trois inoffensifs protagonistes pour ne révéler que très tard la gueule écumante de la bête. La vraie sauvagerie de l'Amérique. Froide et effroyablement déterminée. Bonne lecture !

Jim Nisbet, Comment j'ai trouvé un boulot, Rivages, novembre 2008.

Maxence Grugier

Le 19 novembre 2008

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