Non, non, vous n'êtes pas sur Sexe, love'n' gaudriole et il ne s'agit pas de littérature érotique mais bel et bien de science-fiction (ou d'elucubration c'est selon - mais cela se rejoint souvent, pour notre plus grand bonheur, n'est-ce pas ?). Nous vous parlions récemment de Pollen, le second roman traduit en français, du mancunian Jeff Noon. Sombre histoire de passage entre les espèces (et les mondes, celui halluciné du Vurt, et l'autre, le vrai, ou ce qu'il en reste), Pollen est construit comme un thriller biotechnologique et poétique. Quatre personnages se partagent l'intrigue : Coyotte, chauffeur de taxi noir, routard rebelle par qui tout va commencer, Boda, jeune conductrice de taxi de la compagnie concurrente (Xcab) salement amoureuse de Coyotte, Sibyl Jones, l'Ombre flic, fruit de l'union d'une morte et d'un vivant, également narratrice de l'histoire, et Zéro Clegg, l'agent mi-homme, mi-chien, mal à l'aise dans les deux camps. Autour de ces protagonistes viennent se greffer des individus haut en couleur (Gumbo Yaya, l'animateur radio, Skinner le robo legiste, Joanna la cow-girl travestie, et bien d'autres...) qui animent le bestiaire fantastique de Noon. A l'heure où vous lisez ces lignes (et après un âpre déménagement) je n'en suis qu'à la moitié, ce qui n'est pas dommage car Pollen fait parti de ces livres qu'on se garde de lire trop vite, tant sa lecture est un plaisir. C'est donc à un court extrait que vous aurez droit, avant ma chronique finale :
Zéro éternua.
"Le rhume des foins est causé par le sexe, poursuivit Ligule. Vous savez ça ? C'est le résultat des tentatives des fleurs pour s'aimer. Et de leur échec. La fièvre est le rejeton du mauvais sexe végétal.
- C'est tordu, dit Zéro. Vous voulez bien nous expliquer ?
- Bien sûr, commença Ligule. Le pollen est produit par l'anthère de la fleur, l'organe mâle. de là il est transporté par le vent ou les insectes, jusqu'à ce qu'il atteigne les stigmates d'une autre plante. (...) Le stigmate est l'organe femelle. Le stigmate est humide et couvert de poil. Il retient le grain de pollen et le met à l'aise, afin qu'il libère ses proteïnes. Celles-ci pénètrent dans le pistil jusqu'à l'ovule ainsi en va t'il de l'amour chez les fleurs. Parfois un humain s'interpose.
(...)
Vous voulez dire que les humains et les plantes ont des relations sexuelles ?" demanda Zéro en éternuant de derrière son masque dernier cri.