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Transfert de sentiments
L'Interprétation des Meurtres décolle vraiment lorsque s'établit la connexion entre Nora Acton et Younger. Le jeune psychanalyste fait la douloureuse épreuve du transfert tandis qu'il pénètre à mots comptés dans la conscience foldingue de sa patiente. L'intrigue mêle dès lors trois intrigues parallèles : un roman policier traditionnel (et plutôt moyen) où l'on courrait après un assassin, un documentaire amusant sur les malheurs de la psychanalyse - Rubenfeld décrit les attaques ad hominem dont sont victimes Freud et Jung, portées par les tenants des sciences établies, les menaces qui pèsent sur l'organisation des conférences ainsi que la portée scandaleuse d'une théorie qui place le désir au cœur de nos motivations - et une sorte d'histoire d'amour. Le roman accuse quelques longueurs mais Rubenfeld fait un travail impressionnant pour tenir tout en place. Il réussit à mêler de l'action brute façon feuilleton XIXème (Younger s'en va repêcher des corps et des malles sous le pont de Brooklyn au péril de sa vie, un pervers sort en loucedé de l'asile) et des développements tout aussi brillants sur les interprétations d'Hamlet.
C'est évidemment ce mélange des genres qui fait tout l'intérêt et donne ce charme si particulier au roman. L'intellectuel se mêle au sensuel tandis qu'on navigue dans les ambiguïtés fascinantes de la nouvelle science. La psychanalyse est-elle une nouvelle forme de magie ? L'homme est-il réductible à la somme de ses pulsions enfouies ? Rubenfeld s'inspire de faits réels pour donner du corps au roman : il utilise la correspondance de Freud et Jung pour mettre en scène leurs échanges et précipiter leur rupture. Il s'appuie, pour Nora, sur le cas de Dora, l'un des vrais sujets décrits par Freud, incorpore encore des tas de détails et personnages qui font sentir l'époque comme si on y était.
La résolution finale a beau être un tantinet poussive et mécanique (voire foireuse avec ce légiste ripou notamment qu'on avait pas vu venir), l'Interprétation des Meurtres est un excellent roman et un divertissement intelligent. Il ravira aussi bien les amateurs de polars historiques - on a déjà dit que cette époque 1880-1914 était imparable en matière romanesque - que les sympathisants des théories du bon docteur. A peu près tout le monde en vérité. Avec ses 500 pages et son format Pocket, il fera évidemment aussi un bon compagnon pour l'été 2009 et les suivants.
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