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Monsieur Hulot est un intellectuel
Mais tout cela, diront ses fans, c'était avant. Car tiré de son sommeil dogmatique, accomplissant sa révolution copernicienne, Toussaint a remis en cause tous les présupposés de sa métaphysique. Son héros n'est plus ce faux benêt malicieux, étranger à la condition des simples mortels que nous sommes, révélateur de nos travers et de nos illusions, ce monsieur Hulot doublé d'un intellectuel, il est un être de chair et de sang. Jean-Philippe Toussaint a découvert les sentiments et décidé d'en doter son personnage, le même qui depuis deux romans peine à se séparer de Marie.
Le héros toussaintien perd alors de sa superbe : velléitaire, contradictoire, faible, incapable de communiquer, de s'engager (et l'on perçoit ici la continuité de l'œuvre), distant, il en devient pathétique. Le nouveau héros, qui diffère peu d'une certaine tradition littéraire et cinématographique, souffre et l'on ne voit que sa souffrance. Faire l'amour étouffait et répugnait autant qu'un roman de Houellebecq. Incapable de mettre en scène les tourments de son héros, bridé par son parti pris d'écriture, l'auteur en 179 pages morbides n'avait réussi qu'à décliner une seule sensation : la nausée.
Fuir se présente sous un jour moins catastrophique. Dans sa première partie, plutôt que d'approfondir ce qu'il n'avait fait qu'esquisser dans le précédent roman, l'auteur a séparé nos deux amants et laissé l'homme se perdre dans la Chine contemporaine. Hormis un numéro de drague et quelques passages sur lesquels nous reviendrons, cette partie est du même acabit que le premier Toussaint. Depuis la visite de Pékin jusqu'à une scène de poursuite en moto, nous ne sortons pas du style mystérieux et burlesque qui a fait Toussaint... à cette différence près qu'il a perdu toute légèreté.
Car l'auteur veut faire sensible... et sensuel. Soucieux de tout capter, ou de rendre ce que son personnage capte (sons, odeurs, lumières, couleurs, matières), la phrase de Toussaint, plus linéaire que complexe, et ce malgré sa longueur, se réduit souvent à un listage des éléments cités, une mise en catalogue du réel. Et quand il veut faire dans les sentiments, on lit ceci : « une lézarde, dans la mer de larmes séchées qui est en nous. » (p. 52)... des métaphores un peu grandiloquentes, des phrases construites par accumulation, qui polluent le récit d'une emphase pataude et inutilement dramatique.
En voulant exprimer les émotions les plus confuses, en voulant creuser l'intériorité de son personnage, Toussaint a perdu son originalité et sa profondeur pour rejoindre la masse de ceux qui écrivent bien. Le psychologisme se traduit ainsi, au niveau du style, par un académisme de la plus belle eau : « D'infimes rides, comme d'une peau très jeune, parcouraient sa surface, dans un ondoiement permanent de vaguelettes immobiles. » (p. 129) C'est une phrase classique, au rythme ternaire, que l'on peut découper ainsi : un alexandrin, un hexasyllabe, un distique de deux octosyllabes.
une étrangeté devenue banal exotisme

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