Huis clos de Jean-Paul Sartre




“GARCIN : Écoute, chacun à son but, n’est-ce pas ? Moi, je me foutais de l’argent, de l’amour. Je voulais être un homme. Un dur. J’ai tout misé sur le même cheval. Est-ce que c’est possible qu’on soit un lâche quand on a choisi les chemins les plus dangereux ? Peut-on juger une vie sur un seul acte ?

INÈS : Pourquoi pas? Tu as rêvé trente ans que tu avais du cœur : et tu te passais mille petites faiblesses parce que tout est permis aux héros. Comme c’était commode! Et puis, à l’heure du danger, on t’a mis au pied du mur et… tu as pris le train pour Mexico.

GARCIN : Je n’ai pas rêvé cet héroïsme. Je l’ai choisi. On est ce qu’on veut.

INÈS : Prouve-le. Prouve que ce n’était pas un rêve. Seuls les actes décident de ce qu’on a voulu.

GARCIN : Je suis mort trop tôt. On ne m’a pas laissé le temps de faire mes actes.

INÈS : On meut toujours trop tôt – ou trop tard. Et cependant la vie est là terminée ; le trait est tiré, il faut faire la somme. Tu n’es rien d’autre que ta vie.




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