| . | Entretien avec Hannah Tinti |
| . | Entretien avec Simon Liberati |
| . | Entretien avec Colson Whitehead |
| . | Entretien avec Andrew Sean Greer |
| . | Entretien vidéo avec Marie Ndiaye |
| . | Les interviews Livres |
| . | Entretien avec les traducteurs de Dan Brown |
| . | Les Belles étrangères |
| . | Top des livres apocalyptiques |
| . | Berlin selon Jean-Yves Cendrey |
| . | Les écrivains à la télévision |
| . | Articles Livres |



- Lire l'entretien avec Jean-Marie Laclavetine
Alors que le cercueil du Maréchal Pétain est volé par un groupe d'extrême-droite, le soufflé de mai 1968 n'en finit pas de retomber dans la capitale. La vie communautaire bat son plein et les jeunes s'en mettent plein la tête : lutte féministe, marxisme, maoïsme qui point, premières critiques, libéralisme sexuel à tous les étages. En 1973, 1968 n'est déjà plus ce qu'il était mais rien n'empêche d'y croire encore. Jean-Marie Laclavetine accompagne dans cette époque charnière un couple fragile, Paul, jeune homme qui doute et ne sait pas s'il doit en être ou pas, et Lena, incarnation fraîche et guidée par l'instinct de la beauté de ces années là. Lena a le corps qui ne tient pas en place, les yeux qui pétillent et les fesses qui butinent à droite à gauche. Elle aime Paul mais aussi l'époque. Lorsque le cercueil de Pétain en transit parisien croise une manifestation, les vies de Paul et de son ami Salvador basculent. Les idéaux se brouillent. Le Grand Homme habite l'arrière-cuisine et attire des types louches. Les jeunes entrent en responsabilité en même temps qu'en fantaisie. Tout le monde fait ce qu'il peut.
Traîtres idéaux
Avec ce Nous voilà débridé, bien que reposant en grande partie sur des faits divers réels (le rapt du cercueil notamment), Jean-Marie Laclavetine développe une grande fresque d'histoire minuscule qui serpente entre 1973 et 2007 et retrace l'itinéraire intellectuel, social, politique et amoureux d'une poignée de personnages. Autour du couple principal, englué dans la tragédie d'un âge qui ne permet pas la monogamie et l'attachement, les destins se croisent, se détachent et glissent sur une même désespérance d'illusions en désillusions. Le romancier porte un regard attendri sur ces personnages perdus en même temps qu'il dresse un tableau juste, complexe, et globalement sombre de ce fameux héritage soixante-huitard. A l'esprit de liberté des premières années succèdent un cynisme et une capacité à recycler les valeurs qui marquent les décennies qui suivent. Jusqu'à une scène finale terrible et extralucide (le mariage bien réel et en grande pompe de caciques socialistes après l'élection de Nicolas Sarkozy), Laclavetine, toutes griffes dehors, égratigne les grands anciens qui parlent trop, ceux qui n'osent plus parler, les Anciens combattants, les nouveaux cons. Son roman d'aventure est prenant, instructif, loufoque, amer et nostalgique. Son classicisme formel en fait non seulement un roman de divertissement impeccable mais aussi un document romanesque incomparable pour comprendre l'histoire de ces trente dernières années.
Jean-Marie Laclavetine, Nous voilà, Gallimard, 2009.
Benjamin Berton
Sur Flu :
- Lire l'entretien avec Jean-Marie Laclavetine
- le fil d'actu mai 68 sur le blog société
- Toute l'actu littéraire sur le blog livre
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z