Là ou les tigres sont chez eux de Jean-Marie Blas de Roblès



Critique Lecteurs Votre note

Editeur : Zulma  Année : 2008   Genre : Roman



Il arrive qu’après mille lectures obligées, un éditeur tombe sur un phénomène littéraire, vrai prodige qui vous coupe le souffle pour vous le rendre bientôt, ample comme doit l’être la traversée d’un univers de fiction unique dans sa conception et son écriture. Là où les tigres sont chez eux, de Jean Marie Blas de Roblès, est le fruit de dix ans de travail, roman somme qui interroge le genre avec une formidable érudition mise au service d’un sens merveilleux de la narration.

Eléazard von Wogau, le héros inquiet de cette incroyable forêt d’histoires savamment enchevêtrées, est un français, obscur écrivain, vague correspondant de presse domicilié au fond du Nordeste brésilien, dans la ville fantôme d’Alcantara, relique des fastes de l’Empire portugais. Spécialiste à ses heures de l’encyclopédiste allemand Athanase Kircher, sorte de Vinci de l’époque baroque, on lui adresse un jour à des fins d’édition une fascinante biographie de Kircher écrite en français par un de ses disciples. Ce manuscrit autographe totalement inédit, “exhumé lors d’un récent récolement à la bibliothèque nationale de Palerme” est l’œuvre, remarquable en tout point malgré certaines invraisemblances, de Caspar Schott, un obscur jésuite allemand.

Commence alors pour Eléazard une enquête à travers les savoirs et les fables qui n’est pas sans incidences sur sa vie privée. Comme si l’extraordinaire plongée dans l’univers baroque d’Athanase Kircher dont on découvre peu à peu la fantastique quête cachée, se répercutait par anamorphoses dans l’espace et le temps à travers les aventures croisées d’autres personnages, entre autres Elaine, l’ex-épouse du narrateur archéologue en mission improbable en territoire indien, Moéma, sa fille toxicomane, Nelson, jeune gamin infirme des favelas de Pirambu qui fomente une vengeance (son père ayant chu dans la cuve d’une fonderie, ses employeurs, avant de chasser, lui ont offert un rail de la fournée macabre en le lui présentant comme son père).

Nous sommes en Amérique, au Brésil, dans le pays des pâmoisons et des démesures. Nous sommes aussi dans la terra incognita d’un roman monstre construit en 32 parties, chacune s’ouvrant sur un chapitre de la biographie inédite d’Athanase Kircher et flanqué de plusieurs récits qui s’entrecroisent et se succèdent sans liens apparents, celui d’Elaine en expédition dans la jungle découvrant une tribu vierge du monde depuis des siècles mais qui use du latin dans ses rituels, de Moéma la jeune fille suicidaire livrée à un affabulateur, du gouverneur diabolique de Maranao. Peu à peu, au fil d’aventures palpitantes qui se conjuguent à tous les temps, tandis que la biographie d’Athanase Kircher, le “maître des cents savoirs”, ancêtre de l’égyptologie et de la vulcanologie, inventeur du microscope et de la lanterne magique, géomètre qui calcula les dimensions de l’arche de Noé, de la tour de Babel ou du Temple de Salomon, linguiste polyglotte et astronome, grand voyageur devant l’éternel, se déroule de chapitre en chapitre, se dessine à nos yeux comme à nos esprits la figure impensable, pur joyau baroque, qui relierait fatalement la vie et les savoirs, la vérité et les fables, l’attente et le mystère, comme si l’univers entier – celui d’Eléazar von Wogau –, était en état précipité de big-bang dans ce roman fabuleusement audacieux et drôle.

On songe tour à tour au réalisme magique sud-américain des Borges et Cortázar, aux Italiens Calvino ou Eco, ou encore à Potocki et son Manuscrit trouvé à Saragosse, sans jamais épuiser la réjouissante singularité de ce roman palimpseste qui joue à merveille des mises en abyme et des vertiges spéculaires.


tchaopantin  le 14 Novembre 2008 à 11:16  

J'aimerais prendre contact avec J.M BLAS DE ROBLES. JOCELYNE infirmiere Bezons ADRESSE e-mail marine.corse01@wanadoo.fr avec mes remerciements




“ Soledade s'occupait du linge, des courses et de la cuisine, elle nettoyait la maison quand cela lui chantait, c'est-à-dire rarement, et passait le plus clair de son temps devant les feuilletons insipides de TV Globo, la chaîne nationale. Quant aux services «spéciaux» qu'elle rendait en plus à son ancien patron, Eléazard ne les avait...
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