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Deux personnages. Deux narrations. Barnabé et Nathan.
Sur l'île de Juan de Nova, Barnabé a participé à l'instauration d'une oligarchie militaire européenne encore empreinte des guerres coloniales, cette société particulière sous l'égide d'un certain Mendel a pour objectif premier d'exploiter aux mieux une mine de phosphate.
Mais comme le dit l'un des principes du règlement Mendel qui parsèment le livre : Article XVII : « Ici, l'outrance est obligatoire. C'est par cette ascèse que nous échapperons aux systèmes dont le reste du monde a la manie. »
L'arbitraire absolu prend ses aises et Juan De Nova scintille entre les jalons des 120 journées de Sodome de Sade et du Salo de Pasolini. Barnabé transmet son expérience de l'île et cette déréliction des sens physiques et moraux .De là se déploie, virale, une narration sanctuarisée, celle d'un dévoilement de la déliquescence morale de Barnabé Dole et de ses congénères dégénérés.
Juan de Nova est un tombeau ouvert, une boîte de Pandore du mal contemporain, ou bien plus un sarcophage au sens étymologique (qui mange les chairs) mais Jean-louis Magnan ne se contente pas de coller à la putréfaction, il balance, en saccades, cette vie en forme de concrétion du mal.
Une encyclique désabusée

La morale ensevelie
Il est intéressant de constater que depuis son premier livre Anti-Liban, Jean-Louis Magnan tente une aventure littéraire tout à fait singulière. La grammaire des corps et de l'écriture s'étalait déjà avec son précédent livre sur un ailleurs géographique pour aboutir, si l'on reprenait une problématique picturale, à un principe figuratif. Figuratif, qui s'il n'est pas nouveau, n'en est pas moins original.
Il délivre un arrière plan sensationnel, à la façon de Cézanne, et des personnages à la façon de Bacon sans jamais oublier que la littérature doit explorer les hommes.
Imprécation, transmutation, interpénétration, Juan de Nova est une histoire de relais entre Barnabé et Nathan.
Comme si l'aboutissement, le Post-moderne colonial dérivé (hérité ?) n'était que la concussion des dératés occidentaux à la dérive, telle des signaux d'une morale humaine à jamais ensevelie.
Cette pratique est interrogée, ici, à bras le corps et jusqu'à l'os parce que Magnan rend soluble dans son récit le principe d'une philosophie morale inoculant en toute logique et par-delà l'occident, la part maléfique des tambouille humaines en mal d'accord avec leurs consciences.
Les droits de l'homme, les mouvements de population, la Shoah, l'inextinguible figure de la victime sont abordés - et jamais il ne se perd dans ce dédale d'Histoire, appliquant à la force d'un drôle d'étau narratif, une torsion d'où suinterait, contrairement à Juan de Nova, la séminale morale de l'homme face à la guerre comme évènement.
Rares sont les textes français actuels capables de produire un tel substrat et de s'y développer par la suite. Le programme en est l'équarrissage moral des droits de l'homme tel qu'on l'entend actuellement en occident - et l'élégance de l'écriture délivre un témoignage de la stupéfaction - celle des hommes et de celui qui sait voir et apprend à sentir.
Les îles éparses
Jean-Louis Magnan
Verticales
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