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Grand Père de Jean-Louis Costes



Critique

Note du livre Grand Père de Jean-Louis Costes

Lecteurs

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Grand Père de Jean-Louis Costes



Dans l'ombre depuis plus de vingt ans, auto-produisant son œuvre sur tous les supports, Costes surgit aujourd'hui avec un roman à la fois épique et introspectif, trash et romantique. Balayage devant, derrière et autour de la porte.
Costes est une merde. Depuis le début de sa carrière tumultueuse, il n'a de cesse de le dire et d'enchaîner les variations sur ce thème. Des performances porno-sociales aux vidéos scatologiques en passant par la diffusion enragée d'œuvres musicales rentre-dedans, il délimite depuis vingt ans la frontière de l'art et de la liberté d'expression, provoquant l'admiration du public underground et l'indifférence du reste du monde. Toujours à la limite, toujours dans l'excès, la violence de Costes possède néanmoins une constante : il n'y échappe jamais. Et s'il crache sur le monde, sur les Juifs, les Noirs, les Français, les Arabes, il n'oublie jamais au passage d'en garder une bonne couche, la plus épaisse, pour lui-même, partie intégrante du tableau noir et chaotique qu'il dépeint. Parce que Costes est une merde, on vient de vous le dire, alors il n'y a pas de raison pour que sa rage l'épargne.

Le roman Grand Père procède du même mouvement, mais dans un mode introspectif plus que descriptif. Costes est une merde, d'accord, mais pourquoi ça ? Pour le savoir, il lui faut remonter aux origines, s'infiltrer dans les gènes, et grimper difficilement à l'arbre généalogique. Et c'est donc très logiquement la figure du grand-père qui apparaît.

Garnick Sarkissian, immigré arménien, scotché devant sa télé à picoler et fumer des clopes toute la journée, devient ainsi sous la plume de son petit-fils, le lapin blanc après lequel il va falloir courir pour découvrir qui se cache vraiment derrière Jean-Louis Costes. Mais comme Alice n'a pas pu venir et que le pays des merveilles est en travaux, la visite prendra une tournure autrement plus fantastique. Exit les jolis animaux et les chats invisibles, bienvenue au pays des Cosaques, des pogroms, des martyrs, des sadiques, des tarés, bref, bienvenue dans le monde noir et désespéré que Costes n'a jamais cessé de révéler dans toute son œuvre.

De manière chronologique, le roman nous raconte donc la vie de Bon-Papa-qui-pique, parti des steppes de Russie, pour passer par les dunes du Maroc et la jungle de Guyane, et le tout avec une fluidité impressionnante, charriant à chaque page son flot discontinu de haine, de rage, de foutre, de sang et de colère dans une langue débridée mais toujours parfaitement maîtrisée. Sans aucun doute, Grand Père est l'aboutissement stylistique de Costes, à la fois suffisamment extrême pour ne pas que son auteur soit traité de vendu, mais aussi excellemment écrit, ce qui enfin lui permet de s'ouvrir les portes du grand public sans être taxé de crétin qui fait n'importe quoi. Car si Costes n'a pourtant jamais fait « n'importe quoi », la différence, c'est qu'aujourd'hui, le cadre policé d'abord du format roman, ensuite du traitement épique de son sujet, fait que son talent devient désormais une réalité accessible à tous.

Quel écrivain actuel possède aujourd'hui assez d'assise pour publier une phrase comme « la chatte berce la bite bébé », allitération en prime ? A part Costes, je vois pas. Et ce Grand Père regorge de trouvailles littéraires du même tonneau, aussi bien au niveau de la structure du récit, de la lacération de la grammaire, ainsi que pour le fond même de cette histoire, véritable questionnement des origines fantasmées sur laquelle bon nombre d'autofictionneurs se sont cassés les dents et les plumes.

Sur le quart de couverture, l'éditeur cherche quelques auteurs auxquels comparer Jean-Louis Costes. Il parle de « Cendrars explosé » et de « Céline ivre », adjectifs qui prennent bien soin de ne pas trop mélanger les torchons et les serviettes. Mais en ce qui me concerne, et puisque la valeur est faite de comparaisons, je range Grand Père de Costes à côté du Septentrion de Calaferte. Cendrars, lui, est sur l'étagère du dessous.

Illustrations : 1.Book (detail)|2. Costes (DR)

Troudair Le 31 March 2006

Sur le web - Le site de Costes - Le site consacré au livre Grand Père