| . | Entretien avec Hannah Tinti |
| . | Entretien avec Simon Liberati |
| . | Entretien avec Colson Whitehead |
| . | Entretien avec Andrew Sean Greer |
| . | Entretien vidéo avec Marie Ndiaye |
| . | Les interviews Livres |
| . | Les Belles étrangères |
| . | Top des livres apocalyptiques |
| . | Berlin selon Jean-Yves Cendrey |
| . | Les écrivains à la télévision |
| . | 10 façons de faire vendre des livres |
| . | Articles Livres |



Dès la première page, le lecteur se retrouve transporté dans un Paris historique qui rappelle celui de Patrick Süskind et de Vincent Borel. Del Amo partage leur style exubérant où chaque nom est suivi d'adjectifs recherchés jusqu'au déroutant. Par exemple, le héros d'Une éducation libertine inspire "l'air veule" : on ne voit pas trop comment l'air peut être veule... En tout cas, si l'on n'a pas tourné de l'œil avec les descriptions malodorantes d'un été caniculaire dans les ruelles du Paris populaire, on est emballé par le rythme des premières pages.
S'il n'y avait que l'odeur... Del Amo se complait aussi dans la description de scènes abjectes, avec une fascination pour l'immonde, le macabre, et le « en dessous de la ceinture ». Dès la première page le ton est donné : Paris est une « Géhenne ». Del Amo y parle de « l'orifice des culs de sac » de la ville, du « vagin vérolé de Paris. ». Là, on est dans le pelvien. L'auteur décrit aussi avec délices des mendiants agonisants, et même des dissections médicales. Le live fourmille d'images « wittkopiennes », allant des têtes de nourrissons qui dérivent dans la Seine, à la mort d'une enfant suite à un viol, en passant par les foetus morts restés enkystés dans le ventre de leur mère, ou l'infanticide d'un albinos. On trouvera même une femme à quatre jambes et une exécution publique.
Invraisemblable ascension
Trop c'est trop
La psychologie du personnage reste assez difficile à comprendre, et les coups de théâtre qui permettent à Gaspard de changer de statut social laissent le lecteur perplexe. Trop c'est trop. Il sait lire. Il réfléchit trop. Tout va trop vite. On a le sentiment que le récit suit le fil d'un roman érotique gay très littéraire (on pense à Teleny par exemple) dont on aurait soigneusement caviardé les scènes érotiques, et les clichés du genre. Gaspard n'est pas par exemple doté d'une beauté irrésistible, bien qu'il séduise tous ceux qui l'approchent.
Un éducation libertine ne se révèle pas non plus un fin roman psychologique, même si son titre fait référence à la relation qui lie Gaspard à Etienne de V., son mentor. Etienne de V. n'est pas Merteuil, et Gaspard n'est pas non plus Valmont... Leur relation est traitée trop superficiellement pour que le titre ne soit pas usurpé, et que le tout ceci tienne debout. Reste à découvrir le coup de théâtre final.
Malgré quelques maladresses et invraisemblances, le roman de Del Amo offre cependant de bons passages, et les signes du talent certain de son auteur. Nous attendons donc avec impatience son second roman, présenté comme une suite à celui-ci...
Jean-Baptiste Del Amo, Une éducation libertine, Gallimard, août 2008.
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z