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- Voir aussi : la chronique de Moi tout craché
Qu'est-ce qui vous a poussé vers le format des nouvelles ?
Parfois j'écris une nouvelle et ça devient un roman. Depuis des années j'écris des nouvelles, par ci par là. Mais je ne me suis jamais concentré sur ce genre, en partie parce que je trouve ça très difficile d'écrire une bonne nouvelle ! Aux Etats-Unis, c'est une forme littéraire très respectée. Des gens comme Flannery O'Connor ou Raymond Carver n'écrivaient que des nouvelles. Hemingway et Fitzgerald prenaient les nouvelles très au sérieux. En France, depuis Maupassant, vous avez peu de nouvellistes il me semble. Moi j'aime cette forme d'écriture. Donc l'année dernière j'ai décidé de me concentrer sur les nouvelles, et j'en ai écris douze très rapidement : ce sont les histoires qu'on trouve dans ce recueil.
On trouve des personnages récurrents dans vos nouvelles et vos romans.
Certains de ces personnages, m'intéressent plus que d'autres. Pour moi ce sont comme de vraies personnes. Ca me semble normal. Balzac aussi avait des personnages récurrents, John Updike, et d'autres écrivains reviennent vers les mêmes personnages. J'aime le faire aussi ! C'est comme si je connaissais ces gens...
Dans ses romans American Psycho et Glamorama, Bret Easton Ellis utilise l'un de vos personnage (Alison Poole)... Il vous a payé pour ça ?
Non mais il aurait du ! C'est une bonne question...C'était très étrange. J'ai d'abord écrit le roman Toute ma vie, dont Alison était le personnage principal. Et puis Bret a écrit American Psycho, où elle fait une apparition. Elle a un rendez-vous avec le tueur Patrick Bateman... Et elle se fait presque tuer ! C'est très bizarre. Puis, dans Glamorama, il lui a donné un rôle plus important. Je crois qu'il aime le personnage. C'était génial, mais aussi assez amusant, parce que beaucoup de critiques n'arrêtaient pas de comparer nos romans, donc c'était aussi une sorte de blague.
Que pensez vous du rôle que vous a malicieusement donné Bret Easton Ellis, dans son roman Lunar Park ?
Je trouve ça amusant également. Au début, j'ai été très surpris, du genre : « Quoi, tu es fou ? » Ce fut un peu... choquant pour moi, parce qu'il a m'a pris tel que j'étais en 1987, et m'a transféré dans le présent. Donc c'était comme si j'étais resté le même fêtard fou que j'étais à l'époque. Mais je pense que c'est un bon livre, et que mon petit rôle n'y est pas mal. Peut-être qu'on se souviendra de moi ainsi, parce que c'est dans le livre de Bret. On ne sait jamais !
Votre célébrité perturbe-t-elle votre travail d'écrivain ?
Mon premier roman (Bright Lights, Big City) a été un gros succès. Du coup, les critiques on eu beaucoup de mal à considérer mon travaux suivants d'un œil neutre. Ils étaient toujours distraits par l'aspect people de ma réputation. Certains critiques sont vraiment très agacés par ça. Ils pensent que les écrivains sérieux ne devraient pas avoir leur photo dans la rubrique "potins" magazines. Mais pour ce dernier livre (The Last Bachelor : Moi tout craché) , j'ai eu des super critiques. La couverture du New York Times... Je ne sais pas pourquoi. Peut-être qu'ils ont enfin arrêté de me détester. Le public américain a enfin toutes mes nouvelles dans un recueil. Beaucoup de journalistes reviennent sur toute ma carrière... Et pour une raison que j'ignore, cette fois les critiques sont positives. J'ai eu beaucoup de critiques négatives par le passé. Parfois, je rend les critiques vraiment furieux, mais je ne suis pas sûr que ce soit une mauvaise chose !
Dans une de vos nouvelles, il est question d'un cochon placé au milieu du lit conjugal par la femme du narrateur...Est-ce basé sur des faits authentiques ?
Oui, c'est basé sur la réalité. Mon ex-femme a acheté un cochon. Ce n'est pas exactement comme dans la nouvelle - j'ai un peu exagéré l'histoire - mais elle avait un cochon domestique, ce que je n'appréciais pas spécialement... Le cochon vivait dans la maison et ma femme était assez obsédée par cet animal. Nous sommes divorcés désormais, et elle a aujourd'hui trois cochons. Elle est assez folle ! C'est à l'origine de ma nouvelle...
Le traumatisme du 11 Septembre parcourt vos nouvelles, et leur confère une atmosphère de fin du monde.
Il y avait cette sensation de fin du monde, à l'époque. Deux nouvelles ont été écrites juste après le 9 septembre, avec encore à l'esprit cet état de choc. Mais aujourd'hui ce n'est plus trop le cas. C'est difficile de maintenir un état de crise. La vraie vie finit par reprendre son cours. Les gens ne se le remémorent pas chaque jour. Pour ceux qui s'y trouvaient, ça restera toujours dans une partie de leur esprit, mais pas tant que ça : ça n'a pas tout changé non plus.
J'ai toujours aimé The City (New York). J'irais même jusqu'à dire qu'en un sens, le 11 septembre a été l'un de ses meilleurs moments ! Ce fut une terrible tragédie, mais les gens étaient vraiment très proches à ce moment là. Des étrangers parlaient à d'autres étrangers dans la rue, et tout le monde ne pensait qu'à aider... C'était un moment vraiment spécial, un peu fou : tout le monde faisait l'amour, tout le monde buvait trop. Les gens étaient comme reliés les uns aux autres par cette tragédie. Ce fut un moment unique. Maintenant, à mesure que le temps passe, la vie devient plus normale. Et c'est bien ! La vie doit reprendre son cours, mais... Mais je suis heureux d'avoir été à New York à ce moment là. Aujourd'hui tout cela s'efface dans la mémoire de chacun. New York, c'est le futur. Ses habitants n'aiment pas se tourner vers le passé.
Votre prochain roman évoque-t-il le krach de Wall Street ?
Oui, en quelque sorte. J'ai commencé le livre en août dernier, il y a un an, et j'écrivais au présent. Ca se passe en 2008-2009, donc ce qui s'est passé à cette époque est inclus dans le roman, oui ! ça parle d'un homme qui perd tout ce qu'il possédait et qui doit tout recommencer. Il perd son argent, sa famille. En commençant le livre, je n'avais pas réalisé que ça deviendrait un sujet très contemporain. Mais il semble que ce soit le cas... Je crois que je fait une allusion à Madoff dans le livre. Ce ne sera pas une personnage, mais il y a une blague sur lui dans le livre. Le truc marrant en ce moment à New York, c'est que les gens qui n'ont pas perdu d'argent avec l'affaire Madoff disent que c'est le cas ! C'est un peu comme un statut social...
Propos recueillis par Eric Vernay
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