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Jason Starr que l'on compare souvent à Jim Thompson (excusez du peu) est passé maître dans le polar, ses romans sont donc logiquement remplis de figures rédhibitoires qui n'obéissent qu'à leurs pulsions les plus basses. Junkie, alcoolique chronique, tueur sur commande, femme fatale âpres au gain, petit chef prêt à tout pour monter les échelons de la société américaines, journaliste peu scrupuleux et toute une platée de sales gueules, voilà le monde, ou du moins, voilà le New York de Giuliani, celui que l'on dit aujourd'hui « plus fréquentable », tel que décrit par Starr. Jusque là rien d'extraordinaire me direz vous, nous sommes dans le domaine du polar, une littérature de « genres » qui obéit (comme la SF) à des codes bien précis, et cette faune fait partie de ce que l'on peut s'attendre à trouver dans ce type de roman. Mais Jason Starr a le don pour pervertir tout ça.
Ordures ordinaires
C'est ce que comprend peu à peu le lecteur au fil de sa lecture des aventures de David Miller, dans La Ville Piège. Journaliste et parfait anonyme, Miller se fait rafler son portefeuille dans un bar de nuit. Ce ne pourrait être qu'un aléa banal dans la vie d'un citadin s'il ne venait pas également de perdre son boulot au Wall Street Journal pour se retrouver rédacteur de la rubrique économie d'un canard sans envergure. Clairement, David traverse une mauvaise passe. D‘autant plus mauvaise que sa petite amie a tendance à se comporter comme une joyeuse psychopathe depuis quelques mois et que David vient de perdre sa sœur aîné Barbara. Un décès dont il ne se remet pas. Aussi, quand il reçoit un coup de fil d'une junkie qui exige de l'argent pour lui rendre ses papiers, il pète naturellement un plomb. Pourtant, le doute s'installe... la victime est-elle bien celle que l'on croit ?
Les personnages de Jason Starr sont des ordures. Pas des pourris grandes largeurs comme le Bad Lieutenant d'Abel Ferrara ou le flic d'Irvine Welsh dont nous parlait Myosotis il y a peu, non, ils appartiennent plutôt à la catégorie des ordures ordinaires. Des salopards anonymes, de ceux dont on ne se méfierait pas si on les croisait dans la rue. Cela peut-être moi, vous, à certains moments de nos vies, quand les circonstances l'exigent, ou le provoquent. C'est là tout le sel de La Ville Piège.
La Chute de Monsieur-tout-le-monde

Alors oui, La Ville Piège est une variation sur un thème archi-connu du polar, mais ce pourrait être aussi une relecture du Démon d'Hubert Selby Jr, écrit par un type qui pourrait être Chuck Palahniuk s'il se mettait à la littérature de genre, ou un Bret Easton Ellis, dans la description des petites lâchetés quotidiennes, des renoncements et des désaveux, de l'égoïsme de tous les jours, de ses actes pas vraiment dégueulasses mais tout de même vraiment limites qui pourraient s'avérer sans conséquence mais qui nous font finalement basculer dans l'inconnu... A ce titre, l'immoral Jason Starr, déjà auteur de cinq romans traduits en France, mériterait de l'être, connu. Avec La Ville Piège, il s'impose en tout cas comme un écrivain à suivre.
Rivages / Noir
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