Glu de Irvine Welsh



Critique

Note du livre Working Class Zéros

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Working Class Zéros



Avec Glu, Irvine Welsh continue sa chronique ordinaire des banlieues ouvrières de Leith à Édimbourg. La différence cette fois ? Il ajoute une dimension historique aux tribulations de ses anti-héros. Résultat ? Un des meilleurs Welsh, pas moins ! 

"On prend les mêmes et on recommence", pourrait-on se dire à la lecture des presque 700 pages de Glu, dernier roman traduit d'Irvine Welsh aux éditions Le Diable Vauvert. Sauf que cette fois, l'épopée des "working class anti-héros" de l'auteur écossais prend des allures de saga historique.
 
Crise écossaise
 
Débutée à Leith dans les années 70, Glu se termine pas moins de 30 ans plus tard, en 2002, dans le marasme ultra-libéral de la "nouvelle Ecosse". On aura le temps de passer en revue les avancées sociales de l'époque, le syndicalisme tout puissant, l'installation des ouvriers et des mineurs dans les nouvelles cités d'Edimbourg la flamboyante, l'illusion du confort moderne, et puis la fin de tous les espoirs. L'arrivée de Margaret Thatcher, son combat brutal contre l'Union nationale des mineurs et les tristement célèbres émeutes qui suivirent. Une vague de réformes ultra-libérales sans commune mesure avec ce qui se pratiquait à l'époque. Le pays plongé dans la crise, le chômage et la misère. Une situation que n'arrangera pas l'arrivée de Tony Blair, qui se contentera de "faire payer les principes de ses citoyens au prix fort", comme le remarque un des protagonistes de Glu.

Il faut bien comprendre que ces épisodes historiques fondateurs ne sont pas à proprement parler le sujet du roman, mais Welsh, en auteur de roman social, émaille son récit de situations en arrière plan desquelles on peut percevoir la rumeur qui gronde. L'existence de ses personnages, les voisins, cousins, frères et amis des Renton, Spud, Begbie et Nikki de Trainspotting (que l'on croise d'ailleurs dans les pages de ce pavé) est d'ailleurs directement influencée par les événements sociaux qui s'agitent en coulisses. Des secousses et des remous qui n'épargnent ni les parents, ni les enfants et ce, sur plusieurs générations. Heureusement, le rouleau compresseur de l'histoire symbolisé ici par le capitalisme mortifère et ses effets sur les plus faibles, s'équilibre tant qu'il peu, d'amitié et de solidarité. Des valeurs malheureusement bien fragiles, et qui tendent à disparaître au plus fort des difficultés.

Collés à la glu

La "glu" dont il est question ici, est donc bien ce qui lie les plus fragiles entre eux. C'est ce lien social inébranlable, ce sentiment d'appartenance à une ville, un quartier, une équipe (de foot bien sûr, nous sommes en Ecosse) ou à un clan. C'est la fraternité bien sûr, celle qui  soude entre eux les protagonistes de ce roman polyphonique. Terry Lawson, abandonné par son père coureur de jupons à l'âge de 9 ans et futur cambrioleur, Billy Birrell, le boxeur, un petit gars sérieux, un sportif responsable auquel on peut faire confiance (autant que possible dans la banlieue de Leith), le poissard Andrew Galloway dit "Gally", au destin tragique et Carl Ewart, fils de syndicaliste, le rebelle à grande gueule, DJ qui saura prendre en marche l'explosion acid house. Ces quatre-là sont inséparables, collés les uns aux autres depuis leur tendre enfance. Pour le meilleur (l'hilarant périple à Munich) et pour le pire (la déchéance des uns et les trahisons des autres).

Car la vie n'est pas facile à Leith, elle ne fait pas de cadeaux et les magouilles font partie de l'ordinaire pour se sortir du caniveau. Les belles cités ont finalement laissé place aux étendues de béton couvertes de tags, les rock des années 80 laisse le champ au hip hop et la techno. Nos quatre amis vieillissent et leur pays aussi, et l'auteur écossais suit au plus près les activités quotidiennes (cambriolages, soirées éthyliques, rixes entre supporters, accrochages avec la police, scènes de ménage, échecs et réussites) qui animent tout ce petit monde, sur fond de changement politiques, économiques et sociaux. A travers cette peinture de la vie de tout un quartier, Irvine Welsh décrit les peines et les joies d'un pays entier dans une grande fresque humaine, poignante et attachante. Du grand Welsh !

Irvine Welsh, Glu, Au Diable Vauvert, 2009.

Maxence Grugier

Le 20 février 2009

Sur Flu :

- Lire notre entretien avec Irvine Welsh

- Lire la chronique d'Une ordure

- Toute l'actu littéraire sur le blog livres

Sur le web :

- Le site du Diable Vauvert