L'homme au chapeau rouge de Hervé Guibert




J'étais parti pour Corfou rejoindre le peintre Yannis, j'avais les poches bourrées d'opium sous forme de gélules pour apaiser ma douleur, on m'avait ouvert la gorge et recousu sous anesthésie locale, gonflé d'adrénaline, parce qu'une anesthésie générale aurait posé des problèmes d'insuffisance respiratoire dans mon état, le chirurgien avait prélevé un morceau du petit ganglion qui avait poussé un mois et demi plus tôt sous la mâchoire gauche et qui s'était rapidement enkysté, pour le faire analyser, cinq médecins différents qui l'avaient palpé au cours de ce mois de surveillance avaient exigé une biopsie, un seul ponte consulté au téléphone pensait qu'une ponction suffirait, mais une fois sur la table d'opération le chirurgien me dit qu'une ponction ne donnerait rien, parce que le ganglion était trop dur, et qu'il fallait carrément prélever, ce chirurgien que m'avait conseillé le docteur Nacier était terriblement brutal, il avait pincé mon ganglion entre le pouce et l'index pour évaluer sa consistance, en visant doit au but, et en fourrageant dans ma gorge avec ses doigts.