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Walden ou La vie dans les bois

Walden, Thoreau et la vie qu'on mène...

La cote de l'écrivain Henry David Thoreau est actuellement en hausse, comme si cet auteur classique américain, poète, essayiste, pamphlétaire était redécouvert par enchantement, 153 ans après la publication de son ouvrage culte, Walden ou La vie dans les bois. Est-ce l'effet Al Gore(t) ? Un nouveau signe de la critique en marche du consumérisme outrancier ? Ou tout simplement une expression parmi d'autres des tocades bidons de l'homo capitaliste pour le retour à la nature, le bio, l'IKEA et le pin blanc composite ?

 

Un chef-d'oeuvre

Walden, publié en 1854 donc, est un livre à découvrir pour plusieurs raisons. La première est que ce livre est formidablement bien écrit, et tout à fait spirituel. Thoreau qui est un homme d'extraction modeste, enseignant à ses heures, est aussi l'ami du poète (transcendantal) Emerson et ce type d'esprits libres dont seuls peuvent accoucher les Etats-Unis. Son fait d'armes le plus connu reste d'avoir refusé de payer ses impôts, parce qu'il était opposé à la guerre contre le Mexique et à l'esclavage. Thoreau théorise La désobéissance civile (ou civique) et devient une sorte de rempart intellectuel contre les atteintes de l'Etat à la... morale.

 

A l'écart du monde

Fasciné par les sciences naturelles, les sports "nature" (il pratique le canoe,...) qui ne sont pas à l'époque ce qu'ils sont aujourd'hui, Thoreau expérimente au milieu des années 1850 : le retrait du monde... pour mieux le connaître. La démarche n'est ni religieuse, ni particulièrement philosophique. Thoreau pense qu'une coupure avec les conditions de vie matérielles de l'homme "urbanisé" lui permettra de mieux apprécier, au sens de peser, la vie contemporaine. Il construit une cabane de quelques mètres carrés sur le terrain d'un ami près des Etangs de Walden, dans le Massachussets, et y vit chichement pendant 2 ans et 2 mois.


L'expression d'une philosophie de vie

Walden ou la vie dans les bois raconte ce séjour sur un ton, qui est à la fois littéraire, badin, plein d'esprit et en même temps d'une fluidité stylistique et d'une simplicité étonnantes. Thoreau expose sa comptabilité dans le premier chapitre "Economie" et explique sa démarche : peut-on en vivant de peu vivre mieux ? Autrement formulé : est-ce que la complexité matérielle et organisationnelle de la vie du milieu du XIXe siècle (époque à laquelle l'Amérique fait sa révolution industrielle) n'entraîne pas l'homme à adopter une vie contre-productive en matière de satisfaction individuelle ? Le cours du temps (le progrès) ne conduit-il pas à ce que l'espèce fonce vers son propre malheur ? En se dépouillant (il se nourrira pendant ses 2 années du produit de sa pêche, de quelques cultures), en renonçant aux m2 habitables qui font l'envie des gens bien, en renonçant aux repas orgiaques entre amis, en abandonnant ses livrées pour des vêtements chauds et réutilisables un bon milliard de fois, Thoreau pose malgré lui un contre-modèle qui peut être perçu comme l'avant-garde des mouvements de retour à la terre qu'on connaîtra sous les ères baba dans les années 60 et ultérieures.


Se contenter de peu

Les valeurs sont quasiment les mêmes, même si Thoreau ne condamne le modèle qui est en train de se mettre en place qu'à la fin du livre et encore du bout des lèvres. Sa démonstration se veut plus pratique que théorique. Thoreau veut montrer qu'avec peu d'argent et en limitant ses besoins (bonjour la Décroissance), on peut s'en tirer moins qu'en s'inventant des besoins qui nous enchaînent à un travail de plus en plus exigeant.

Son ouvrage passionnant et qui se lit comme un roman de London-intello, prend aussi son temps pour écouter la faune et la flore, pour interroger les fermiers alentours, pour comprendre l'écosystème dans lequel il arrive. Thoreau ne se comporte pas en touriste, mais en habitant, en organisme passager d'un pays hôte. Il parle moissons, il parle chasse, pêche mais rarement traditions. Avant Werber, il raconte le fantastique combat des fourmis rouges et des fourmis noires avec un enthousiasme de gamin, qui ne sonne pas non plus comme une découverte de la nature par le binoclard de service. Thoreau reçoit les gens du coin, ses amis et tente de ne pas ramener son expérience à un simple ermitage. On rigole lorsqu'il explique (pour l'exemple) qu'il prend plaisir à ne pas servir à manger à ces visiteurs et leur apprend l'abstinence. L'ouvrage se termine par un retour au monde dont l'auteur ne donne pas une explication précise, si ce n'est qu'il ne veut pas se laisser enfermer dans un système.

 

Fuir le matérialisme ambiant

"Sell your clothers and keep your thoughts", écrit-il vers la fin en guise de slogan. Walden se clot sur un appel à plus de mesure, à un retour à la raison et à un juste rapport entre les fins (l'accumulation, le bonheur) et les moyens (le travail, l'argent, l'épuisement...). Le message est d'une simplicité biblique : méfiez-vous des choses qui vous coupent des gens et de vous-même. Imaginez peut-être que la voie du matérialisme n'est pas la seule qui permet d'atteindre la complétude

On voit bien qu'avec de telles déclarations, Thoreau est récupérable par un nombre de philosophies incroyables (écolos, décroissants, philosophes transcendentaux dont il faisait partie, religieux,..), alors même que sa démarche relève plus de la praxis qu'autre chose. Son succès tient à la simplicité de son expérience et à son caractère exemplaire. La poésie qui se dégage du texte n'est pas non plus étrangère à son succès. Elle en fait un pendant presque romanesque et bucolique du joli Almanach d'un comté des Sables d'Aldo Léopold, autre pierre littéraire angulaire du mouvement écolo, dont nous avons parlé il y a quelques années.

 

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