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Le gonzo des lettres françaises
Le titre-programme - L'Italie oui, mais à la paresseuse - annonce la couleur. C'est bien un voyage de dilettante que nous propose Calet. Fondamentalement subjectif, l'auteur est souvent considéré comme le précurseur du style gonzo. En bon correspondant de presse, il se laisse guider par l'imprévu comme un Thompson. Il assume pleinement son rôle de pique-assiette, l'oeil toujours pétillant. Participant à un congrès réunissant les "sommités du gaz combustible", il se conduit volontiers en picaro. "Aucun convive n'a fait allusion au gaz combustible... Tant mieux. Du dîner, qui a été bon, je n'ai retenu que les granseole. Ce sont des crabes péchés dans le golfe de Fiume. (...)". Tel Raoul Duke dans Las Vegas parano (voir le passage délirant où l'auteur s'imagine traqué par les Vespa), Calet se laisse embrigader dans des lieux improbables. "Mon ami m'a encore entraîné dans un café ; il ne s'y trouvait plus qu'une femme lasse et découragée à qui nous avons, d'un commun accord, octroyé l'auréole de la prostituée malchanceuse. Elle portait au cou un renard râpé". L'Italie qu'il nous dévoile, c'est aussi celle de Fellini ...
L'échappée belle
On se laisse emporter au gré des réflexions de l'auteur, on le suit dans son errance et on traverse en sa compagnie l'Italie comme dans un rêve, entre deux trains-couchettes, de nuit le plus souvent. De Rome l'on apercevra que des bribes, un pan de mur, à peine une ruine. Qu'importe ! L'auteur souhaite faire éclater le vernis de l'Italie-musée. "L'Italie est revêtue d'une croûte, d'une patine artistique et romanesque qu'il faudrait avoir l'énergie de gratter". Et puis, Calet doute... Fatigué, abattu de son voyage, il surprend soudain son lecteur par une pensée sombre. "Ces allées et venues m'avaient échiné. Au moral également. (...) je me sentais tout à coup très vulnérable, comme nu, presque inexistant : faux journaliste, faux touriste, en panne à Padoue. Je n'avais pas d'argent pour prendre un billet de retour. A mon âge, me fourrer dans une pareille équipée."
Interrogeant sa propre légitimité de journaliste, et les bénéfices même de ce voyage, Calet nous rappelle une chose essentielle : le voyage est toujours le lieu d'une expérience éprouvante qui se produit d'abord à l'intérieur de soi... "Ce qui rend les voyages à peu près inutiles, c'est que l'on se déplace toujours avec soi, avec les mêmes pensées, le même passé, les mêmes ennuis, le même tour d'esprit, les mêmes appréciations sur les choses et les gens. Où que l'on se trouve, on n'est jamais seul." Et quand on ne se supporte plus, il est temps de rentrer chez soi - dans le quartier des Buttes-Chaumont. Le roman s'achève sur cette impasse ... "A ma connaissance, on ne trouve pas de laxatif pour le cerveau dans le commerce". Mais avec l'humour comme issue de secours...
Henri Calet, L'Italie à la paresseuse, Le Dilettante, 2009.
Guénola Pellen
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