Le retour du professeur de danse de Henning Mankell



Critique

Note du livre Henning Mankell - Le Retour du professeur de danse

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Henning Mankell - Le Retour du professeur de danse



Nazisme d'hier, nazisme d'aujourd'hui. A travers son nouveau polar, Henning Mankell aborde une face peu connue de son pays, la Suède. Plongée, forcément tortueuse, dans le cœur noir d'une société considérée comme exemplaire, Le Retour du professeur de danse propose, au-delà du suspens, une véritable généalogie de la terreur.
Avec son prologue, qui nous fait suivre le mystérieux voyage en avion militaire d'un homme qui se révélera être le bourreau de plusieurs criminels de guerre nazis, Le Retour du Professeur de danse se place immédiatement dans une visée historique. Lorsque l'on assiste ensuite à l'exécution d'un vieillard solitaire, Herbert Molin, de nos jours au cœur d'une Suède rurale et dépeuplée, les pièces du puzzle se mettent rapidement en place. Celles d'une plongée dans une Histoire qui n'a pas épargné la Suède. Remplaçant Kurt Wallander,le héros récurrent de Mankell, Stefan Lindman, jeune policier et ancien collègue de Molin, vient sur place et tente, à côté de la police locale, de percer à jour ce crime d'une grande barbarie. Si le lecteur fait volontiers le lien avec le prologue, soit la guerre, le nazisme et les bourreaux ayant réussi à éviter la justice, Mankell nous réserve quelques surprises. Ainsi, deux jours plus tard, un second crime se produit chez le voisin du premier. De ce double assassinat, on est vite convaincu qu'il y a deux mobiles différents, mais liés.

Les grands espaces sont les pires prisons

Une complexification qui, au fond, fait simplement le lien entre deux époques. Le projet de Mankell, à travers ce récit à l'écriture toujours aussi classique et hyper efficace, est en effet de tirer le portrait de son pays, la Suède, telle qu'on la connaît le moins. Un auto-portrait en noir, où le jeune policier souffre d'un cancer de la langue, où les vieillards ne sont pas ce qu'ils semblent, où les familles se découvrent bien tard, et où l'on part à la rencontre de groupement néo-nazis toujours à l'œuvre, et ayant même une sérieuse tendance à se propager. L'idée d'une contagion du mal est ainsi amorcée par le récit, qui nous promène de l'Allemagne nazie à l'Amérique du Sud, où de nombreux bourreaux ont trouvé refuge après la guerre, jusqu'au cœur d'une Suède bien blanche, où la neige semble capable de tout effacer.
Mais l'histoire refait immanquablement surface, le crime appelant le crime même à 50 ans d'intervalle. On pense parfois à l'ambiance de films tels que Fargo ou Insomnia, polars noirs où le blanc aveugle plutôt qu'il n'éclaire, où les grands espaces se révèlent les plus terribles prisons. Enfermés dans leurs pavillons à l'ombre du souvenir, les anciens bourreaux sont retrouvés par leurs victimes, réveillant par là la Bête, jamais totalement endormie.

Hennig Mankell décrit un réseau tentaculaire, où l'on retrouve toujours quelqu'un de connu, voire son propre père. On sent la volonté de l'auteur de remettre son lecteur en question, d'être très fermement dans un discours au présent. Le mal est diffus, mais lorsqu'il se matérialise, il peut être bien plus proche qu'attendu. Haletant et sans aucun temps mort, on pourrait peut-être reprocher à l'écriture quelques facilités ou autres images attendues, telle que la passion de Molin pour les puzzles, alors que sa vie en est elle-même un. Mais l'auteur creuse un tout autre sillon que le pur polar, plus en profondeur, plus universel, obtenant ainsi une force réflexive inattendue. Par la puissance de ses fantômes, ce livre nous hante inexorablement.

Illustrations : Le retour du professeur de danse, détail et couverture.

Laurence Reymond Le 19 June 2006
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