Au temps de la comète de H-G Wells



Critique

Note du livre Wells Mania

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Wells Mania



Au temps de la comète est un livre assez bizarre et plutôt maladroit mais un excellent livre d'obsessionnel, un livre de maniaque, de malade (comme on voudra) qui semble écrit par un Wells totalement relâché, sans entraves et donc assez différent de ces autres livres.
Au temps de la comète a pour héros un jeune homme étudiant, sans emploi et pauvre, socialiste de conviction. William Leadford décrit longuement dans la première partie du livre les conditions de vie déplorables de la classe ouvrière, l'état de corruption dans lequel le monde fonctionne, les agissements déplorables des classes aisées. Il parle aussi de sa relation (programmée), enfantine et distante avec une jeune femme, Nettie, qu'il a connu par le passé. L'amour de Nettie semble promis à William jusqu'au moment, où à l'aube d'une guerre entre l'Allemagne et la France (on suppose que Wells peint ici les prémices de la Première Guerre Mondiale, déjà dans l'air du temps), William apprend que Nettie a fugué avec un bourgeois nommé Verral. William devient fou. Il achète un revolver, rue dans les brancards et se lance à la poursuite du couple fugueur pour les abattre. L'intérêt d'Au temps de la comète réside dans cette folie du jeune prolétaire, dans son désespoir romantique et surtout dans la démesure de cette colère qui s'empare alors de lui, mélange de déception amoureuse et de revanche de classe.

Alors que la guerre démarre, la Terre est survolée par une comète. C'est à cet instant que Wells réussit l'une des grandes scènes dont il a le secret et qui fait du livre un monument dramatique : William tire sur les amants sur un paysage cotier, deux navires de guerre s'affrontent en arrière plan, tandis que la comète apparaît. Le monde est baigné par des gazs verts, l'atmosphère change. William s'endort et le monde a changé. Dit comme cela, il y a un côté mécanique un peu idiot dans l'intrigue mais Wells fait passer ça très bien, avec le même talent que London dans ses utopies socialo-fantastiques. L'air mute et les gens sont illuminés : William prend conscience comme les autres humains que la raison doit dominer, que le partage doit régler les échanges entre humains, que la beauté est ce qu'il y a de plus précieux dans le monde. La guerre s'arrête, une nouvelle ère commence. William retrouve Nettie et son amant dans une auberge et se réconcilie avec eux. Il s'excuse. Comble de l'audace, la jeune fille reconnaît qu'elle l'aime toujours et propose à son assassin repenti.... un ménage à trois. Un jour, peut-être, dit William, devant son rival terrorrisé, mais pas encore. Nettie, la fille, est en avance sur son temps. On peut parler liberté mais pas encore liberté sexuelle. Le monde n'est pas près pour les double pénétrations, le triolisme et l'abandon des liens exclusifs. Fourrier attendra. Les derniers chapitres du livre décrivent le nouveau monde : les villes ouvrières sont "fermées", les gens retournent à des activités à visage humain. Les hauts fourneaux polluants ferment. Les usines qui broient de l'ouvrier disparaissent. Le monde devient définitivement meilleur. Le récit se referme sur la fin du témoignage de William, 72 ans, et l'un des derniers témoins vivants de l'ancien monde.

On peut difficilement résister à la tentation de raconter tout ce qui se passe dans Au Temps de la Comète, avant et après le Grand Changement. C'est un moyen parmi d'autres d'éviter d'en décrire niaisement le charme désuet, la force utopique, la formidable énergie. Qu'on n'essaie pas de nous vendre après ça du Beigbeder, du NDiaye ou je ne sais quoi. On connaît surtout Wells aujourd'hui pour ses romans de jeunesse (L'Homme invisible, La Guerre des mondes). Ce qui a suivi vaut aussi le déplacement. Il faut savoir que cet homme-là figurait en haut de la liste des personnalités intellectuelles à abattre par les Nazis pour son socialisme et son esprit libéral. Wells est mort en 1946. Il avait demandé à ce que son épitaphe soit "Je vous l'avais bien dit. Bande de cons." Mais on l'a incinéré et jeté à la mer. Il doit y avoir encore un petit bout de lui dans les algues vertes qui asphyxient les chevaux des bourgeois normands.

Myosotis 

Le 11 août 2009