« La maison Tellier » ouvre le premier recueil éponyme de nouvelles de Maupassant en 1881. L’écrivain reprend avec joie le motif de la prostituée (sa première nouvelle, Boule de suif, publiée dans le recueil collectif « Les soirées de Médan », avait pour personnage principale une prostituée) en axant cette fois son histoire sur la vie d’une maison close. Maupassant, coureur de jupon invétéré, avait une très nette sympathie pour celles qu’on appelait les « filles de mauvaise vie », et leur donne souvent le bon rôle dans ses œuvres.
Dans un premier temps, Maupassant prend soin de présenter la maison Tellier, par un travail très maîtrisé sur les champs sémantiques, comme un établissement hautement respectable, et considéré comme tel par tous. Mais il va plus loin encore en rapprochant prostitution et religieux, apparentant la maison Tellier et l’église où toutes les filles de Madames Tellier assisteront à la communion de sa nièce.
Il serait faux de considérer qu’il s’agit d’un pur acte de provocation de Maupassant. Contrairement à « Boule de suif », où l’ordre social était présenté comme l’antithèse parfaite du véritable ordre moral (les bourgeois et les religieuses, gens respectables, méprisant la bonne et désintéressée Boule de suif, prostituée au grand cœur), « La maison Tellier » ne présente pas une inversion, mais bien une confusion, un mélange des valeurs.
Le sens de la nouvelle est de ce point de vue beaucoup plus proche de la réalité, que Maupassant, en digne naturaliste, recherchait. C’est certainement pour cette raison que l’écrivain considérait « La maison Tellier » « au moins égal à Boule de suif, sinon supérieur ».
Le 24 janvier 2008