Roman d’apprentissage d’un opportuniste dont le seul talent est la séduction, « Bel-ami » campe à la perfection selon les règles du naturalisme la société française, et plus précisément parisienne de l’époque. Maupassant, qui lui aussi avait sévi en tant que journaliste, met à profit sa connaissance du milieu pour décrire en détail les relations entre le pouvoir, l’argent, l’information, et bien entendu, les femmes. Il montre avec justesse comment ces dernières, reléguées à l’arrière plan même dans les hautes sphères, exerçait un pouvoir réel mais tabou, en tant que « bonnes conseillères » de leurs riches et puissants époux.
On a pu apparenter « Bel-ami » au « Nana » de Zola (paru en 1880), dont il serait le pendant masculin. Les deux personnages principaux sont issu de classes sociales défavorisées (classe ouvrière pour Nana, paysannerie pour Duroy). Tous deux gravissent les échelons sociaux par le sexe et accèdent à un pouvoir auquel ils aspiraient. Mais là où Zola provoque la chute finale de son personnage final (Zola considérait Nana, au même titre que l’ensemble des Rougon-Macquart, comme essentiellement régie par un phénomène d’entropie), Maupassant ne « punit » son personnage principal qu’en évoquant l’image de Mme de Marelle, resplendissante et compréhensive. Duroy s’est hissé au sommet qu’il convoitait, et y reste, sans châtiment, ni revers de fortune. On peut considérer en cette vraisemblance absolue que « Bel-ami » est plus réaliste que « Nana », dont la chute finale relève dans un sens plus du mythe (grandeur et déclin) que du credo naturaliste.
Le 24 janvier 2008