Rédigée dès septembre 1864,
L’éducation sentimentale est, selon le vœu même de son auteur, un roman d’apprentissage de son époque. Dans les lettres qu’il adresse, entre autres, à
George Sand durant la conception du roman,
Gustave Flaubert n’aura de cesse de répéter la difficulté d’un tel projet : il est tiraillé entre son désir d’écrire l’histoire d’une passion véritablement romanesque et l’ineptie de l’époque qu’il a choisi de décrire, qui ne saurait donner naissance qu’à une histoire d’amour tout à fait vaine et illusoire : « J’aimerais mieux écrire un livre de passion. Mais on ne choisit pas ses sujets ! on les subit. » écrivit-il à Jules Duplan.
C’est donc contraint par son projet littéraire même (la peinture fidèle de la société française telle qu’il la perçoit) que Flaubert écrira ce roman qui est sans doute son œuvre la plus connue. Il laisse la part belle au contexte politique et social, dans lequel il craignit à plusieurs reprises que ses personnages, par leur manque d’intérêt revendiqué, ne se perdent.
Tout comme dans
Madame Bovary, Flaubert a recours de façon quasi-systématique au procédé de l’ironie. Le titre même du roman est particulièrement grinçant, puisqu’en fait « d’éducation sentimentale », on n’assiste qu’à une succession de liaisons stériles ou avortées, avec pour point de référence un amour platonique ne reposant que sur une unique rencontre, un coup de foudre qui relève surtout du cliché sentimental et romanesque (le passage concerné début par un « Ce fut comme une apparition » à l’ironie particulièrement acide).
Des années auparavant, Flaubert avait écrit une première « Education sentimentale ». Si la qualité littéraire de cette œuvre laisse à désirer, sa lecture est intéressante à plus d’un titre : elle met en perspective certains points de la « seconde » Education sentimentale, et surtout, permet d’appréhender le cheminement de Flaubert, de ses débuts en littérature jusqu’à ce chef-d’œuvre du naturalisme français.