Les Invisibles, Tome 1 : Say You Want a Revolution de Grant Morrison



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Lecture en boucle



Il y a deux ans j'avais lu The Invisibles de Grant Morrison en V.O. et j'en avais même parlé un peu sur Mille-feuilles, expliquant que "oui mes amis, c'était bien mais un peu n'importe quoi quand-même". J'étais si jeune et innocent à l'époque, il faut bien le dire... Depuis j'ai lu beaucoup d'autres oeuvres de Morrison, j'ai appris à la comprendre et les Invisibles sont restés dans un coin de mon esprit qu'ils semblaient décidés à ne pas quitter.

VO / VF 

L'une des pensées qui m'assaillaient en lisant tous ses autres bouquins était qu'a l'exception notable de The Filth, ils n'arrivaient pas à la cheville des Invisibles... ce qui n'était pas si grave puisque c'était surtout du aux échelons que n'ont cessé de gravir les Invisibles dans ma tête. Or donc, pour la première fois depuis une tentative désordonnée chez le Téméraire en 1999, les Invisibles arrivent en France chez Panini. C'est vraiment sympa de leur part, même si l'effondrement du dollar fait que le lecteur à l'aise avec son anglais peut trouver tous les comics qu'il veut pour trois fois moins cher que chez son libraire sur le site internet qui vend des bouquins et que vous connaissez tous. Vous faites ce que vous voulez, moi j'ai mes volumes en anglais depuis longtemps mais je saisis le prétexte d'une relecture avec joie.

"Say You Want A Revolution", le premier volume des Invisibles, est composé de deux "arcs" d'ouverture; Le premier, dessiné par Steve Yeowell, un type qui à l'air d'avoir souffert du rythme de production effréné des comics américains, introduit ce qui n'est pas vraiment une équipe de super héros : les invisibles sont une sorte de société secrète d'anarchistes mystiques composée de cellules indépendantes, l'une d'elle fournissant les protagonistes de la bédé.

Ils sont cinq : King Mob, un sosie de Grant Morrison vêtu de latex et autres artefacts SM, sa compagne Ragged Robin, Lord Fanny, un travesti brésilien, Boy, une jeune black new yorkaise et Jack Frost, un lad anglais dont on suivra le recrutement et la formation. King Mob invoque l'esprit de John Lennon pour trouver Jack Frost qui est retenu cotre son gré dans un centre pour jeunes délinquants où les cerveaux des pensionnaires sont remplacés par des parasites.

Le bonheur du freak

Ce début pas vraiment subtil et le blabla mystique dans lequel il est emballé fait craindre pour la suite... des craintes qui se dissipent comme les lecteurs du comic book à l'époque avec le second arc qui voit les Invisbles remonter le temps pour retrouver le Marquis de Sade et s'engager dans quatre vingt pages de discussions littéraires et d'obscénités sadiques dessinées par Jill Thompson, qui, bien que visiblement pressée comme son prédécesseur, a beaucoup de style.

Bien que cette seconde moitié ne fasse pas vraiment dans la subtilité elle non plus, elle est diablement fascinante et ce diptyque inaugural donne une bonne idée des extrêmes que la série mariera avec bonheur par la suite : clichés de genre et idées freak, populisme et élitisme, bons dessinateurs et mauvais dessinateurs. Entre autres choses The Invisibles est l'histoire de Morrison qui tente de se débarrasser de la pensée dualiste.

C'est aussi une exploration de la relation du texte et de l'image dans la bédé, représentée par le titre lui même : l'invisible, c'est ce qui peut-être écrit, jamais dessiné et qui sur chaque couverture apparait comme un "vide" dans le dessin. C'est un gros bordel foutraque et une construction minutieuse, des questions permanentes mais aussi des milliers réponses...

The Invisibles risque sérieusement de foutre la merde dans votre tête (il n'y a pas d'autres mots). Mieux/Pire, la bédé n'est véritablement compréhensible qu'à la relecture (les personnages l'expliquent eux même à plusieurs reprises). Il faudrait, dans l'idéal, lire The Invisbles en boucle. J'ai fait une (grosse) pause, mais c'est bien ce que je vais faire.

2Goldfish

Le 02 April 2008







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